Il y a de l’électricité dans l’air. C’est les vacances ! Bientôt, les retrouvailles avec abuela et abuelo. Mais avant les embrassades, un long voyage nous attend. La famille de mon cher et tendre habitant de l’autre côté de l’Atlantique, on commence à être rodés en ce qui concerne les voyages long-courriers.
Première rangée à l’avant de l’avion. Quatre places. Deux parents, trois enfants en bas âge. Trois loulous paisiblement endormis. Tableau idyllique et attendrissant. Le petit dernier dans les bras de son papa, soit. Debout la majeure partie du temps. Le dévouement d’un papa pour son enfant. Un calme plus qu’appréciable pour les parents et les autres passagers.
L’appareil entame sa descente pour se poser en douceur, quelques minutes plus tard, sur le tarmac de l’aéroport de notre destination finale. Un vol sans encombres. Mais les choses ne sont pas toujours aussi simples. Prendre l’avion avec des enfants peut s’avérer être un sacré défi selon l’âge, le tempérament et l’humeur du jeune passager. Et ça ne changera rien au fait que la nuit des parents aura été très courte… et que la fin du voyage nécessitera une bonne dose de caféine et de lâcher-prise.
Si vous avez des enfants, vous vous êtes sûrement déjà confrontés aux regards quelque peu tendus des autres passagers lors de l’embarquement. Des regards qui laissent transparaître leur espoir de ne pas se retrouver à vos côtés. Et si on est honnêtes, on doit bien avouer que ce souci était le nôtre à une époque où on voyageait „léger“ et que le vol était l’occasion de regarder le dernier blockbuster ou de se plonger dans la lecture du roman fraîchement paru de notre auteur préféré… Si vous faites partie des parents qui hésitent à prendre l’avion de crainte que cela soit cauchemardesque, je vous rassure de suite : bien que la réalité ne soit pas toujours celle de la scène reportée plus haut, avec un minimum de préparation, vous relèverez le défi haut la main. Sur le temps du vol, il est normal qu’il y ait quelques frictions, sauf cas exceptionnel, pas de quoi en faire un fromage. Ne vous laissez pas déstabiliser par les regards inquisiteurs que l’on pourrait vous adresser.
Lorsque l’on voyageait accompagnés de notre seule fille, on se relayait avec le papa et je parvenais encore à lire un bon bouquin. Et on arrivait encore à faire l’impasse sur ce petit écran encastré dans le siège pour la divertir. On s’amusait à coller des autocollants, on lisait des histoires et on faisait des jeux de société. Le seul bémol : les haut-le-coeur de la demoiselle. Depuis, une des raisons pour laquelle notre aînée se réjouit de prendre l’avion, c’est la télé (n’en ayant pas à la maison, on peut comprendre !). Même si je suis d’avis qu’il est important de limiter le temps passé devant les écrans, si cela peut prévenir une crise de nerfs, franchement, il n’y a aucune raison de s’en priver – les exceptions ont toujours du bon ! Avec deux enfants, c’était encore tout à fait gérable. Un adulte, un enfant. Les choses se compliquent lorsque le ou les parents se retrouvent en position d’infériorité. Mais là aussi, l’âge des enfants fera au final toute la différence.
Ce n’est pas toujours le vol en soi qui est le plus éprouvant, mais tout ce qu’il y a en amont et en aval. Tout d’abord le trajet en train pour rejoindre l’aéroport. Les enfants sont surexcités, on est encombrés de valises, de sacs à dos, de la poussette et d’enfants qui n’obéissent pas ou qui se font la malle, et si on a de la chance, des trains encombrés ! Keep calm and relax mama ! Arrivée à l’aéroport on time. Direction le check-in (plutôt rapide depuis l’introduction de l’enregistrement en ligne), puis c’est au tour de la sécurité (le temps d’attente déterminera le degré de difficulté de la tâche… les petits aventuriers, de préférence, dans le pousse-pousse ou en portage !) Cette fois-ci, la file n’était pas trop longue, les gens serviables et souriants ! Done !
Vient le temps de souffler et de se dégourdir les jambes tout en rejoignant notre gate. Un air de déjà-vu. Des accents américains s’élèvent de part et d’autre. Une familiarité qui nous réjouit. New York, New Jersey, family. Premier voyage en bipède pour notre petit dernier qui s’amuse comme un fou en tirant sa valise dans les méandres du terminal. Les filles, quant à elles, sont scotchées contre la vitre, fascinées par le spectacle de ces drôles d’oiseaux prenant leurs envols. On décompresse un peu jusqu’à ce que vienne l’appel de l’embarquement. Heureusement, les familles ont la priorité. La Swiss Crew nous accueille avec le sourire. On prend place. On ne pouvait en espérer de meilleures, en classe économique du moins. Be positive mama !
Mais un vol de jour de 8 heures peut aussi paraître très long, très très long… Début de vol en mode turbulences au premier rang. Entre Idéfix qui ne pouvait attendre pour sortir sa télé, les tentatives de fuite de notre fils, tout cela bien entendu au moment où on était encombrés de plateaux-repas et de verres remplis à ras bord, mes nerfs ont été mis à rude épreuve. Je me demande encore par quel miracle aucune catastrophe n’a été à déplorer !
Plateaux débarrassés, film sélectionné, play ! A défaut de sortir mon bouquin (que j’avais quand même glissé dans mon sac à dos… un peu trop optimiste sur ce coup-là, je l’admets), pourquoi pas en profiter pour faire quelques inspirations (un peu de relaxation ne peut pas faire de mal !)… On inspire profondément puis on expire longuement par la bouche, et on recommence… On In… « Maman, tu peux me remettre mes écouteurs ? » Vous vous doutez bien qu’une fois bien replacés dans les oreilles de l’une, ce sont ceux de l’autre qu’il faudra réajuster ! (Note à moi-même pour notre prochain voyage en avion : prendre des écouteurs spécialement conçus pour les enfants, et deux paires bien entendu, hein deux enfants, deux paires – et moi qui comptais sur un gain de place en me contentant de ceux mis à disposition dans l’avion…! ben c’est foutu !)
« Maman, j’aimerais regarder autre chose ! » C’était quoi l’idée de nouveau : avoir 15 minutes de paix ?! On parcourt à nouveau la liste des films disponibles… on replace les écouteurs dans les oreilles… on presse sur play… (et on croise les doigts que cette fois-ci ça dure plus de 2 minutes)… « Maman, il a enlevé mes écouteurs ! » Mon fils, tout sourire, les écouteurs dans la main ! Regard furtif de la maman (légèrement crispée) sur le temps de vol jusqu’à destination finale : 6h52… Moi qui pensais avoir bataillé depuis bien 3 heures, je constate avec dépit qu’à peine une heure de vol s’est écoulée. Soupir. Sourire compatissant de la maman de la rangée de derrière (elle et son mari profitent d’un vol en compagnie de leur fils de 5 ans dans des conditions plus qu’enviables). Quel contraste ! (Rappel à moi-même : toi aussi tu gérais comme une pro quand tu n’avais qu’un seul enfant d’un âge raisonnable. Tu te rappelles : tu pouvais lire un bouquin tandis que ton mari regardait un film ?!) Et ouste les complexes de comparaison.
Mais grâce à eux, j’ai découvert un gadget (c’est vrai que je leur accorde d’ordinaire peu d’attention) spécialement conçu pour les parents voyageant en avion avec des enfants en bas âge. Est-ce que cela est vraiment le truc dont nous avons manqué jusqu’à maintenant et qui allégera nos prochains voyages comme jamais ou cela ne fera que réduire encore davantage la place à disponible de mon sac à dos (je dois déjà y caler deux paires d’écouteurs) ? La réponse, je ne l’aurai qu’en acquérant et testant ce fabuleux (ou inutile) coussin gonflage à placer devant le siège pour le rendre de la sorte plus grand et confortable pour les jeunes passagers. Si cela vous intrigue, une petite recherche sur google avec le mot-clé « Fly LegsUp ». Certaines marques proposent même des carry-on convertibles en tablette ou en lit..
En tant que parent, on tâche d’anticiper, on se prépare à répondre aux éventuelles crises (en premier lieu en préparant le nécessaire pour faire face à un changement de couche, à des habits salis, à une petite faim ou une petite soif, à un bobo ou un haut-le-cœur, en emportant quelques jouets, une tablette). Tout cela est plus ou moins sous notre contrôle et permet de s’épargner beaucoup de stress. Le lâcher-prise, l’ingéniosité, la patience, la compassion seront d’autres ingrédients indispensables à glisser dans son sac. Si un vol de plusieurs heures peut nous sembler sans fin, imaginez ce que cela doit être pour des enfants en bas âge qui n’ont que soif de mouvement (en particulier entre 1 et 3 ans) de se retrouver confinés 8 heures dans un avion ! Sans oublier cette phase du développement cruciale et éprouvante qu’est l’affirmation de soi, les enfants s’opposant continuellement ou étant soudainement submergés par une avalanche d’émotions.
Même si les enfants peuvent s’avérer exaspérants, ce sont des passagers comme les autres, et pas non plus toujours les plus pénibles. En tant que parent, la gestion de nos enfants et les éventuels dérangements que ceux-ci pourraient occasionner représente beaucoup de stress, le jugement et la critique étant plus souvent de mise que la compassion et l’entraide. Pas tout le monde n’a trouvé les « hola » joviaux de notre fils mignons. Le pauvre n’a eu le droit qu’à des regards fusillants en guise de réponse… de la part du monsieur auquel il les adressait. Visiblement celui-ci n’était pas un grand fan des enfants dans l’avion (« Mais si je peux me permettre la remarque, Monsieur, si les enfants vous agacent à ce point, il faudrait réserver des places ailleurs qu’à l’avant de la classe économique, justement adapté pour y accueillir des bassinets ! » ABE) Devant le dédain obstiné de ce monsieur, on n’a pu s’empêcher avec mon mari d’échanger regards et sourires complices. Heureusement que les dames de la rangée suivante se montraient plus enthousiastes.
Si notre fils avait pu faire une sieste pendant que les filles regardaient un film, on aurait eu un moment pour nous (que l’on aurait fort apprécié). Malheureusement, trop de distractions, inconfort, ou Dieu sait quoi, mais impossible de le faire dormir plus de 20 minutes d’affilée. Je ne vous dis pas l’état de celui-ci quand on est arrivés à destination à l’heure prévue certes (20h, c’est-à-dire 2h du matin en Europe), mais que notre avion s’est retrouvé cloué sur le tarmac parmi une queue leu leu d’appareils volants en attente de la libération d’une gate pour le débarquement… Là, la crise était inévitable et il aura fallu supporter les pleurs d’épuisement du petit bonhomme. Une heure pénible pour tout le monde.
Heureusement que j’avais emporté un porte-bébé (il m’aura tant de fois tiré d’affaire), car suite au chaos ambiant à l’aéroport, notre poussette ne nous attendait pas sagement à la sortie de l’avion comme cela aurait dû être le cas et vu l’état dans lequel était notre fils, les choses auraient pris une tournure critique au vu de la longueur de la file à la douane. Et on ne sera pas au bout de nos peines une fois la vérification des documents. Il faudra encore retrouver notre poussette et nos bagages (qui n’étaient pas là où on les aurait attendus…), les personnes qui devaient nous récupérer à l’aéroport. Même si mon dos en a pris un coup, notre fils a dormi et la fin du voyage a pu se passer dans des conditions décentes. Et c’est reposé et de bonne humeur qu’il a retrouvé ses grands-parents. Welcome to America.