Après quelques semaines d’inactivité, je vous propose enfin un article pour encourager le plurilinguisme chez les enfants monolingues. Immigration, expatriation, couples mixtes : les langues et les cultures se côtoient et s’entremêlent au quotidien. Face à ce constat, il est indéniable que parler et comprendre plusieurs langues est un avantage certain de nos jours. Au-delà du fait que maîtriser plus d’une langue peut nous ouvrir des portes sur le marché du travail, il me semble surtout important de souligner l’ouverture d’esprit que cette confrontation directe aux langues et cultures peut apporter à nos enfants. Davantage de considération, de compréhension mutuelle, de solidarité, un mieux vivre ensemble. Un grand oui donc au plurilinguisme mais pas de n’importe quelle façon.
Les avantages du plurilinguisme
Oui, le plurilinguisme a des avantages pour le développement de l’enfant. Oui, les enfants plurilingues auront davantage de facilité à apprendre une nouvelle langue, ce qui est certainement un plus dans notre monde actuel. Toutefois, cela ne justifie en aucun cas de parler à son enfant une langue qui n’est pas la nôtre et que l’on ne maîtrise pas au niveau d’un locuteur natif. Surtout qu’il y a plein d’autres façons d’encourager l’apprentissage d’une langue étrangère chez son enfant dès son plus jeune âge.
Oui, c’est vrai aussi que les locuteurs natifs n’ont pas tous une maîtrise égale de leur langue maternelle. Et cela pour la simple et bonne raison que chaque locuteur fait un usage différent de sa langue selon les milieux auxquels il est confronté, ce qui aura une influence indéniable sur l’acquisition des subtilités lexicales et syntaxiques de la langue. Cela est également le cas dans une éducation plurilingue : l’enfant développera des compétences diverses dans chaque langue selon l’usage qu’il en fera (on ne développe pas un vocabulaire similaire selon que l’on recourt à une langue à la maison ou à l’école, plutôt à l’écrit ou dans des échanges principalement oraux).
Le plurilinguisme, ce n’est pas gagné d’avance
Il faut aussi rappeler que le plurilinguisme ne va pas de soi ; la langue de l’environnement social, du pays et de l’école s’impose souvent sur la ou les langue(s) première(s), généralement celle(s) du milieu familial, tout simplement car c’est la langue à laquelle l’enfant est le plus souvent exposé (tant à l’écrit qu’à l’oral), que c’est la langue dans laquelle il échange avec son milieu social, les copains et les copines. Cela n’implique pas pour autant l’échec de la maîtrise de plusieurs langues, mais cela nécessite un investissement certain et de la persévérance de la part des parents.
Définition du plurilinguisme
La définition actuelle du bi-/plurilinguisme ne met plus l’accent sur une maîtrise parfaite de deux langues ou plus, mais valorise plutôt les diverses compétences acquises dans les langues concernées en compréhension et production orales et écrites. Ce sera surtout l’exposition à la langue qui fera la différence dans l’acquisition de compétences spécifiques.
L’importance des langues maternelles
Il faut aussi rappeler qu’il est important pour le développement cognitif et identitaire de l’enfant que celui-ci possède une bonne maîtrise de sa langue maternelle, car c’est sur cette base que celui-ci acquerra d’autres connaissances et développera d’autres compétences, d’où le non-fondé de certains conseils de la part d’éducateurs et d’enseignants promulgués aux parents immigrants tels que celui de renoncer à parler leur langue à leurs enfants à la maison et de privilégier au contraire la langue du pays d’accueil.
Pour toutes ces raisons, parler une langue à son enfant qu’on ne maîtrise pas totalement (et cela même si on possède un niveau avancé dans une langue étrangère, on n’est loin d’en maîtriser toutes les subtilités lexicales, en particulier les expressions qui diffèrent énormément d’une langue à une autre, sans parler des erreurs de prononciation) n’est pas des plus pertinents. Bien entendu, certaines situations particulières peuvent justifier de ne pas parler sa langue maternelle à ses enfants – à une époque, heureusement révolue, il était d’ailleurs mal vu de parler une autre langue que celle du milieu social, du pays, ce qui a poussé de nombreux parents a renoncé à transmettre leur langue maternelle.
Quelques pistes pour encourager l’acquisition d’une nouvelle langue
Voici une liste non exhaustive de suggestions que vous pouvez mettre en place ou proposer à votre enfant si vous souhaitez l’exposer à une autre langue que la vôtre. Il faut bien entendu que la confrontation à une langue et culture étrangères ait un sens pour l’enfant au risque que ce dernier ne se prenne pas au jeu. L’âge auquel l’enfant sera exposé à une nouvelle langue est aussi déterminant. Recourir à une personne de garde qui interagira dans sa langue maternelle avec votre enfant est une alternative à envisager en fonction de l’âge de l’enfant ou si la langue maternelle de cette personne est celle de la famille et vient ainsi supporter l’apprentissage bilingue de l’enfant. La façon dont la langue sera amenée à l’enfant est aussi primordiale pour que celui-ci s’y intéresse. Un enfant parlant déjà couramment sa langue maternelle se positionnera différemment face à une nouvelle langue qu’un jeune enfant de quelques mois pour lequel l’exposition à cette nouvelle langue sera beaucoup plus naturelle ; un enfant plus âgé pourrait mettre en place des mécanismes d’opposition qui pourrait mettre en péril ce nouvel apprentissage. De plus, plus un enfant grandit, plus il craint de commettre des erreurs et aura besoin d’être mis en confiance pour pratiquer une langue qu’il ne maîtrise pas. Il est aussi essentiel de supporter cet apprentissage linguistique en exposant au maximum votre enfant à cette nouvelle langue (livres, films, voyages, etc.). Les propositions suivantes sont également indiquées pour les familles concernées par une éducation plurilingue.
- Fille au pair, nanny, baby-sitter
Recourir aux services d’une fille au pair ou d’une nanny qui prendra soin des enfants de manière régulière et leur parlera dans sa langue maternelle. Cette option n’est pas à la portée de toutes les familles. De plus, cela implique, dans le cas d’une fille au pair tout du moins, d’accueillir une personne chez soi et de se conformer au programme en question. Pourquoi pas une baby-sitter ou une maman de jour bilingue ? Ces diverses options de garde sont particulièrement adaptées à de jeunes enfants.
- Cours de langue
Il existe aussi des cours de langue pour les enfants en présence ou non des parents en fonction de leur âge. Il vaut la peine de regarder les offres de cours des différentes associations de votre région en fonction de la langue qui vous intéresse. Une heure de cours par semaine n’est pas suffisant pour que l’enfant s’approprie réellement la langue. Dans tous les cas, cela peut éveiller un intérêt chez ce dernier qui peut être prolonger à la maison par des comptines dans la langue en question, de petites histoires (selon vos connaissances dans cette même langue) voire des émissions pour enfants (selon l’âge de ce dernier) qui ne pourra que supporter la compréhension dans cette nouvelle langue. Il existe aussi des structures qui proposent des cours sur des après-midis entiers (l’offre est certainement plus étendue pour l’anglais, car c’est indéniablement la langue que les parents souhaitent le plus souvent transmettre à leurs enfants), à vous de vous renseigner.
- Cours extra-scolaires dans une autre langue
Il y a de plus en plus de cours extra-scolaires proposés à l’attention des enfants d’expats ou par certaines associations par exemple. Il vaut la peine de regarder quelle est l’offre disponible dans votre région et d’aller y faire un tour.
- Crèche, garderie, école bilingues
Vous pouvez aussi vous tourner vers des crèches, garderies et écoles bilingues. Tout dépend au final du niveau que vous aimeriez que votre enfant atteigne.
- Cours intensifs de langue et de culture
Des cours sont également proposés par des organisations en charge de promouvoir la langue et la culture de divers pays à l’extérieur de ses frontières et supportés par les pays concernés. Ces cours s’adressaient premièrement aux enfants et adolescents des communautés nationales établies à l’étranger, mais sont aujourd’hui ouverts à toute personne intéressée. L’intérêt de ces cours est une exposition plus soutenue à la langue et la culture en question.
- Communautés expatriées et associations
Si vous-même vous avez un intérêt pour la langue que votre enfant est en train d’apprendre, vous pouvez fréquenter certaines communautés d’expats ou associations. Cela vous permettra certainement de rencontrer des parents locuteurs natifs de la langue qui vous intéresse et vos enfants créeront à leur tour des amitiés dans une autre langue. Il faut souvent redoubler d’ingéniosité, comme cela est le cas pour les familles plurilingues, pour que nos enfants s’approprient une autre langue.
- Voyages
Des voyages dans des pays où la langue apprise est parlée : quoi de mieux pour exposer son enfant à la réalité d’une langue. Cela permettra à votre enfant de consolider ses acquis. Le fait qu’il comprendra ce que les gens se disent et pourra avec le temps s’exprimer à son tour ne fera qu’encourager son intérêt et son apprentissage de la langue.
- Camps
Il existe aussi des camps organisés dans les pays concernés.
Comme vous pouvez le voir, ce ne sont pas les options qui manquent ! Les options que vous privilégierez dépendront de votre organisation familiale et de vos objectifs. Si vos enfants s’aperçoivent que vous avez également un intérêt pour la langue qu’il est en train d’apprendre (musique, livres, films, voyages, etc.), il y a de fortes chances qu’il s’y implique également. Montrez donc l’exemple. Il est important qu’il y ait un lien entre les cours de langue et la maison. Même si vous ne parlez pas la langue en question, vous pouvez montrer votre intérêt pour celle-ci et les progrès de votre enfant ; demandez-lui de vous chanter une comptine, ce que ça veut dire, etc. Intéressez-vous simplement !