Pourquoi avoir des enfants ? Voilà la question que l’on m’a posée récemment. Question à laquelle il n’est visiblement pas si facile de répondre. Pourquoi avoir des enfants ? Nos nuits seront très souvent entrecoupées (du moins pour la grande majorité d’entre nous), la grasse matinée du dimanche matin ne sera plus qu’un doux et lointain souvenir (à moins que notre cher et tendre soit bien d’accord de s’occuper du môme, mais sera-t-il consentant chaque weekend ?), on ne s’avachira plus sur notre canapé douillet lors d’un jour pluvieux enlacés devant un bon film, les disponibilités de la baby-sitter détermineront nos sorties en amoureux (pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir mamy et papi à proximité), les jouets envahiront insidieusement notre chez-nous autrefois tiré à quatre épingles, il faudra affronter les pleurs, les cris, la mauvaise humeur de notre chérubin, les chamailles entre les frères et soeurs, sans oublier vomissures et compagnie, la machine à laver le linge n’aura plus de répit, chaque sortie prendra des airs de mini excursion, on ne voyagera plus jamais léger… Mais pourquoi donc se compliquer autant la vie alors que nous étions libres de faire ce que l’on voulait quand on le voulait, sans se soucier d’oublier les couches, le biberon, le doudou et tout le tralala, de devoir sans cesse planifier nos sorties en fonction des horaires de notre petit ? Pourquoi se lancer alors dans une telle folie ?
Suite à un rapide sondage auprès de parents de mon entourage, bien que certains sachent très bien pourquoi ils voulaient des enfants, la plupart peine à en clarifier les raisons. On peut cependant relever quelques tendances. Il semblerait qu’à part l’amour pour les enfants (mais pourquoi ne pas alors se contenter de ceux des autres, que l’on peut rendre dès qu’ils deviennent un peu trop casse-bonbon), nombreux souhaitaient fonder leur propre famille, un projet de vie qui leur tenait à coeur (même si cela implique des périodes parfois éprouvantes mentalement et physiquement), percevant la parentalité comme une étape de leur vie, une sorte de continuité. La postérité est importante aussi pour beaucoup. Pour d’autres, la parentalité a permis de combler un manque, ils se sentent plus heureux, plus apaisés depuis qu’ils sont devenus parents. Pour d’autres encore, il semblerait qu’avoir des enfants a donné un sens à leur vie, ils se sentent ainsi enfin utiles.
Pour dire vrai, je ne me suis jamais posé cette question qui semble en tarauder d’autres. Nous lancer dans cette folle aventure de la parentalité s’est en quelque sorte imposé à nous. Bien qu’on ne se trouvait pas dans les meilleures prédispositions (lui ici, moi là-bas, mini deux-pièces sous les combles). Et, pourtant, tous les points cités plus haut ne m’ont pas une seule fois traversé l’esprit. Avoir un enfant était la bonne décision. J’avais envie de faire l’expérience de la maternité, de fonder une famille et je sentais que c’était le bon moment pour moi, pour nous. Je n’avais pas l’impression de renoncer à ma vie d’avant, je ne percevais pas la maternité à venir comme un frein à mes autres projets. Quelque chose manquait à mon équilibre de vie. J’étais pleine d’appréhensions face à toutes les inconnues qui m’attendaient tout en étant extrêmement impatiente de m’y confronter.
La parentalité n’est pas un renoncement de sa vie d’avant. C’est un autre chapitre de notre vie. Il y aura des hauts et des bas, comme dans tout finalement. Il y aura des fois où la fatigue, le stress du boulot, le manque de temps pour soi mettront nos nerfs (et notre patience) à rude épreuve. Mais ceux-ci seront compensés par plein de moments de rires, de câlins, d’émerveillement, de fierté (ça peut paraître gnangnan mais il n’y a rien de plus vrai). Cet enfant, c’est aussi un peu de nous. Mais c’est vrai qu’en se lançant dans cette aventure, on bouleversera les routines du couple, ben oui, un petit être viendra s’ajouter à l’équation. Cela demandera bien sûr quelques ajustements pour faire place à une dynamique familiale (sans négliger le couple pour autant).
Avant d’en faire soi-même l’expérience, on ne peut pas vraiment savoir ce que devenir parent représente en don de soi, en responsabilité, en lâcher-prise et en amour. On ne pourra plus planifier et contrôler le cours de notre vie comme nous le pouvions sans enfants. On devra s’adapter aux besoins de notre enfant et il y a beaucoup de paramètres sur lesquels on n’aura peu d’emprises. Et cela a quelque chose d’effrayant. On s’inquiètera constamment pour le bien-être et la sécurité de notre enfant, et c’est une responsabilité que l’on doit pouvoir endosser. Etre là pour notre enfant quoi qu’il arrive. Une inquiétude qui ne doit en aucun cas devenir paralysante. Il faudra apprendre à lâcher-prise, à laisser notre enfant faire ses expériences de vie, à renoncer à tout vouloir contrôler. Ce travail sur soi nous apprendra à être plus ancré dans le présent et à relativiser.
La maternité m’a apporté moult choses. Oui, les nuits entrecoupées sont dures à gérer, moi qui aime dormir de longues heures, cet aspect m’est parfois bien difficile au quotidien, et je suis bien heureuse que l’on soit deux pour y faire face. Mais les choses finissent toujours par s’améliorer (si on s’en donne les moyens bien sûr). J’ai bien sûr moins de temps à disposition, c’est un fait, et pourtant je n’ai jamais autant rentabilisé mon temps comme aujourd’hui, j’en fais quelque chose, alors qu’avant je me plaignais sans cesse de ne pas en avoir suffisamment ! Je n’ai jamais été aussi dynamique et efficace. La maternité m’épuise tout en me donnant une détermination et une énergie incroyables. Elle me donne la force d’affronter mes peurs pour aller de l’avant, pour donner vie à mes projets. J’aurais pu faire tout cela avant, sans avoir à jongler entre les enfants, le boulot, les formations continues, je me serais probablement épargnée beaucoup de stress, mais il me manquait visiblement la détermination, l’énergie, le courage, que j’ai acquis grâce à la maternité. Je n’ai jamais autant accompli de choses que depuis que je suis maman. Je n’ai jamais été aussi organisée qu’aujourd’hui, probablement parce que sans organisation, on perd assez vite le fil et on n’a encore moins de temps pour soi. Quand la quantité de temps à disposition se réduit drastiquement, on prend conscience à quel point celui-ci nous est vital et on fait tout ce qui est en notre pouvoir pour en récupérer un peu pour soi, rien que pour soi. Ces petits moments rien qu’à moi me permettent de refaire le plein d’énergie, de ne pas laisser de place à la frustration, de me réaliser et d’être plus présente pour mes enfants et au final plus heureuse.
On développe aussi des compétences insoupçonnées en devenant parent, on apprend à lire en marchant tout en poussant la poussette (et sans jamais se prendre un poteau !), de même pour la poursuite des conversations WhatsApp. On développe ainsi ses biceps, on prend l’air, on s’instruit, on s’évade, on reste connecté, eh oui, quand Monsieur ou Mademoiselle a ses exigences et que l’on ne veut pas faire trop de concessions non plus, on regarde les bons côtés et on se montre ingénieux. Avec la maternité, j’ai aussi découvert un attrait pour la cuisine, le lieu où l’on a tout loisir de se montrer créatif afin de prodiguer une alimentation saine à ses bambins avant de pouvoir ressortir toiles et pinceaux, eh oui, depuis que je suis devenue maman je vous concocte avec plaisir de bons petits plats (un vrai cordon-bleu, ok, j’exagère un peu quand même). Et j’ai même découvert un goût prononcé pour le sport ! Celui-ci ne m’a jamais autant permis de me recentrer sur moi-même et de me défouler ! Oui, oui, tout ça ! C’est en devenant maman que j’ai acquis toutes ces forces mentales et physiques, et par là un équilibre de vie. Qui aurait pensé que la maternité m’apporterait autant ? Certainement pas moi ! C’est d’ailleurs en devenant maman que je me suis mise plus activement à l’écriture et que j’ai créé ce blog !