Les émotions de mon enfant – 2

Parent et enfant, deux personnes à part entière

« Respecter les émotions d’un enfant, c’est lui permettre de sentir qui il est, de prendre conscience de lui-même ici et maintenant. C’est le placer en position de sujet. C’est l’autoriser à se montrer différent de nous. C’est le considérer comme une personne… » (Isabelle Filliozat, Au cœur des émotions de l’enfant, éd. Marabout)

Il y a un âge, vers les 2 ans, où les enfants s’affirment et veulent être reconnus pour ce qu’ils sont. Souvent, nous interprétons ces affirmations de soi comme des caprices et nous les ignorons, ou pire, nous sanctionnons notre enfant. Alors, bien sûr, c’est aussi l’apprentissage des limites où l’enfant doit apprendre que dans une société, dans un groupe, on ne peut pas faire tout comme et quand on veut ; cela est un apprentissage difficile et frustrant, mais nécessaire. L’enfant doit apprendre qu’il n’est pas seul, qu’il y a d’autres personnes autour de lui, qu’il est important de les considérer et donc se plier au respect de certaines règles. Et nous, en tant que parents, notre rôle est de l’accompagner dans cette prise de conscience et dans cet apprentissage du vivre ensemble.

Si l’enfant refuse de faire ce qu’on lui dit, il faut parfois savoir tenir bon (tout en restant bienveillant) afin d’être crédible face à son enfant. On dit quelque chose, on prévient des conséquences si celui-ci refuse, puis on met en application s’il désobéit à nouveau, histoire d’être cohérent entre nos paroles et nos actes. C’est parfois difficile de voir son enfant triste, mais ce dernier est assez grand maintenant pour faire les réajustements nécessaires. Il sait faire le rapprochement de cause à effet et sait donc adapter son comportement en conséquence. Ces interactions avec nos enfants ne doivent cependant pas tourner à l’autoritarisme – « tu fais ce que je dis, un point c’est tout » – qui pourrait mener à un combat continuel entre le parent et son enfant. Parfois, l’enfant fait exprès de faire le contraire de ce qu’on lui dit par jeu et, d’expérience, il vaut la peine de ne pas relever certaines de ses actions, de les ignorer (quand papa ou maman ne réagit pas systématiquement à toutes mes « infractions », cela perd considérablement de son intérêt…).

Notre enfant est une personne qui a soif d’interactions avec le monde qui l’entoure, il a donc aussi son mot à dire, et ses sentiments, émotions, souhaits doivent aussi être pris en compte par nous parents. Comme dans toute interaction de groupe, chacun apporte sa pierre à l’édifice, ce qui fait qu’il y a interaction. Il est donc important que nous sachions donner le choix à notre enfant, de lui laisser décider certaines choses. Un équilibre pas toujours facile à trouver, mais avec un peu d’empathie et de cohérence, les choses finiront par se faire naturellement.

Mon enfant est-il capable neurologiquement de gérer seul ses émotions ?

Les enfants ne sont neurologiquement pas à même de pouvoir gérer leurs émotions comme un adulte, car le cortex frontal où se loge l’espace en lien avec la gestion des émotions n’est pas encore abouti, ce qui explique pourquoi les enfants (jusqu’à l’âge de 5 ans environ) semblent aussi vite submergé par leurs émotions ; ils sont soumis à une pensée dite prélogique, c’est-à-dire qu’ils sont ancrés dans le ici et maintenant et peinent à s’en distancer par eux-mêmes. Il est donc important de les accompagner et de ne pas les laisser seuls face à leurs émotions débordantes. Le parent a en effet un rôle fondamental à jouer. Il peut aider l’enfant à identifier l’émotion qu’il est en train de vivre et la cause qui l’a déclenchée afin que celui-ci puisse voir les choses sous un angle différent et gérer ainsi l’émotion en question. Un enfant de moins de 5 ans a de la peine à faire ce processus par lui-même ; il n’est donc pas pertinent de renvoyer un enfant vivant une colère, par exemple, se calmer dans sa chambre. De plus, il faut aussi être conscient que la cause des émotions n’est pas toujours en lien direct avec la chose ayant provoqué l’émotion et qu’il peut être pertinent de demander à l’enfant ce qu’il a vécu dans les heures précédant l’événement.

La frustration : savoir faire la distinction entre besoin et désir

Dans cette recherche d’équilibre, il est important de prendre en considération les émotions et dires de son enfant d’une part, mais il est aussi fondamental de reconnaître nos propres émotions. Laisser tout faire à son enfant pour ne pas le frustrer ne me semble pas non plus une réponse adéquate si cela doit engendrer de la frustration de notre côté ; il est important que nous soyons à même de reconnaître nos propres limites et émotions. La contrainte fait partie de notre monde, c’est vrai, et notre enfant devra aussi apprendre à s’y ajuster pour trouver sa place dans notre société. Est-il pour autant utile de le frustrer inutilement en pensant qu’ainsi il développera les ressources pour faire face à la frustration à laquelle il devra se confronter plus tard ? La réponse est clairement non. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’il faille répondre à toutes ses demandes.

Ici, je trouve la réponse d’Isabelle Filliozat particulièrement éclairante et aidante lors de confrontations avec son enfant. Elle parle de la différence entre besoin et désir. Par exemple, l’enfant a envie d’un jouet en particulier, mais n’en a pas besoin. Il est donc tout à fait normal de ne pas acheter tous les jouets qui rencontrent le chemin de notre enfant – ce refus est justifié et peut être expliqué à l’enfant. Par contre, nous nous devons de reconnaître l’émotion que ce refus provoque chez lui ; l’enfant a le droit d’être en colère, de se sentir frustré parce qu’il n’a pas obtenu ce qu’il voulait. Laissons-le exprimer sa colère, entendons-la et surtout ne le laissons pas seul, il a besoin de nous.

Quand un enfant exprime un désir, la meilleure des réponse est souvent d’entendre ce désir et de demander à l’enfant, par exemple, quel ballon il aimerait. Ici, le besoin de l’enfant est que nous reconnaissions son désir et que nous lui laissions une place pour l’exprimer. Cette réponse a beaucoup plus d’impact que la moral ou détourner son attention. Nous aussi, nous avons des désirs et nous n’avons pas envie à chaque fois qu’autrui nous ramène brutalement à la réalité ; nous avons parfois simplement besoin de rêvasser, de nous projeter le temps d’un instant dans un monde où tout est possible bien que nous sachions pertinemment que cela n’est pas réaliste.

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