Une idée reçue qui a la vie dure

J’aimerais m’arrêter quelques instants sur une idée reçue qui a la vie dure et à laquelle je dois faire face très régulièrement, ce qui en devient, à la longue, agaçant : le supposé retard du langage des enfants bi-/plurilingues. Idée véhiculée autant par les éducateurs que par les parents concernés par une éducation plurilingue. Je ne vais pas m’attarder non plus sur le sujet, mais sachez qu’il n’en est rien. Du fait que les enfants plurilingues doivent simultanément intégrer le lexique de plusieurs langues, on constate effectivement un vocabulaire plus restreint en termes de quantité de mots utilisés activement dans chaque langue prise séparément en comparaison à un enfant monolingue. Toutefois, si on additionne les mots de chaque langue, on remarque que le nombre de mots utilisés s’équivaut à ceux possédés par un enfant monolingue. Et cela n’affecte en rien leur compréhension dans les langues en question ; enfants monolingues et plurilingues comprennent nettement plus de mots qu’ils ne sont capables d’en dire. De plus, aucun retard n’est à relever en ce qui concerne l’acquisition de la syntaxe. Ainsi, on ne peut pas parler de retard du langage bien que celui-ci s’acquiert quelque peu différemment. L’âge auquel parlera un enfant ne dépend pas du nombre de langues qu’il apprend ; il n’y a aucune corrélation fiable qui puisse justifier une telle affirmation. D’autres facteurs entrent également en ligne de compte dans l’acquisition du langage et surtout dans la progression de celui-ci : le milieu et l’histoire familiale. Il ne semble pas qu’on puisse réellement influencer l’âge auquel un enfant commencera à parler. On peut toutefois attiser sa curiosité et son envie de communiquer avec son environnement ; raconter des histoires à son enfant en prenant appui sur des livres illustrés, lui parler le plus possible même s’il n’est pas en mesure de répondre, lui poser des questions sont autant de moyens qui donneront envie à votre enfant de communiquer à son tour et cela consolidera aussi son vocabulaire. Cela est non seulement important pour le développement du langage chez l’enfant mais surtout pour éviter des difficultés scolaires ultérieures. En effet, pas tous les enfants sont exposés à la langue et à ses subtilités lexicales et syntaxiques, à l’oral et à l’écrit, de manière égale, ce qui conduira à des inégalités entre ces derniers lors de leur scolarisation. Les attentes de l’école nécessitent une certaine maîtrise de la langue que tous les enfants ne possèdent pas au début de leur scolarité, réalité qui n’est souvent pas prise en compte par le système scolaire et les enseignants, ce qui ne fera qu’accentuer davantage ses inégalités. Dans tous les cas, il ne faut pas oublier que chaque enfant se développe à son propre rythme et notre rôle de parents est de les accompagner au mieux en prenant toujours en considération leurs besoins spécifiques. 

Laisser un commentaire