Les émotions de mon enfant – 3

Un exemple parmi d’autres

Un exemple d’interaction parent-enfant éloquent tiré du bestseller « How to talk so kids will listen & listen so kids will talk » d’Adele Faber et Elaine Mazlish.

  • Maman, je suis fatigué.
  • Tu ne peux pas être fatigué, tu viens de faire la sieste.
  • Mais je suis fatigué.
  • Tu n’es pas fatigué, tu es juste un gros dormeur. Allez, habille-toi.
  • Non, je suis fatigué !

De nombreux autres exemples prennent au final un schéma similaire. Généralement, on ne partage pas le même avis que son enfant et on pose d’office le nôtre comme juste, ignorant celui de notre enfant. Conséquences : disputes à répétition et surtout ignorance des dires de notre enfant, de ses propres perceptions que l’on ne reconnaît pas. On connaît tous l’expression qui dit qu’il faut savoir se mettre dans les chaussures d’autrui, expression pleine de sens et pourtant il faut bien constater que nous adultes, on a bien du mal à le mettre en pratique ; si un avis diverge un peu trop du nôtre, on a rapidement tendance à l’ignorer ou à le poser comme faux. Comment réagirions-nous si quelqu’un remettait toutes nos paroles en question ? On ne peut pas être fatigué parce qu’on a dormi 8h, on ne peut pas avoir froid, on ne peut pas trouver ce film ennuyeux parce qu’il a fait un carton au box-office… On ne se sentirait non seulement pas reconnu, mais on finirait également par ressentir de la frustration de n’être jamais entendu… (et je suis certaine que vous en avez à multiples reprises fait l’expérience avec votre partenaire, vos parents, etc.) Et s’il en était de même pour notre enfant ?

Et si nous étions simplement plus à l’écoute

Maintenant que les choses nous ont été présentées sous un autre angle, on reconnaît facilement leur bien-fondé, c’est déjà un grand pas. Mais comment faire autrement ? Reprenons l’exemple ci-dessus.

Votre enfant vous exprime qu’il est fatigué en dépit du fait qu’il vient de faire la sieste. La première chose à faire est de reconnaître son sentiment. C’est assez facile à mettre en application tant que ça ne heurte pas nos propres sentiments. L’auteur donne l’exemple du jour où sa fille lui a exprimé qu’elle détestait sa grand-maman, la maman de l’auteur, et là, blessé, choqué, attristé (ou tout autre sentiment qui pourrait découler d’une telle affirmation chez nous), on aura tendance à se braquer et à ne pas reconnaître ce genre d’affirmation. Les enfants ont la fâcheuse tendance à se montrer très directs et francs dans leurs affirmations, ils ne sont pas encore dans la nuance, ce qui peut heurter nos sentiments et mener à ce qu’on renie les mots de nos enfants en leur faisant la moral.

Lorsqu’autrui entend et reconnaît nos propos, nos sentiments, cela nous aide le plus souvent à nous apaiser et à reconsidérer de nous-même les choses sous un autre angle. Alors que dans le cas contraire, lorsque ceux-ci ne sont pas pris en considération, on se sentira toujours plus misérable, triste, pas reconnu, seul. On n’a pas besoin de conseil, de pitié, de psychologie, de reproche, mais juste d’une oreille attentive pour que les choses se résolvent d’elles-mêmes, on se retrouvera dans une autre disposition mentale qui nous permettra souvent de trouver la solution par nous-même. Il ne faut pas non plus oublier de se mettre à la place de l’enfant même si ses peurs peuvent nous paraître ridicules ou moindres, ce n’est pas le cas pour ce dernier ; voir son ballon éclater est quelque chose d’impressionnant pour un enfant et cela ne doit pas être banalisé en le lui remplaçant aussitôt.

En conclusion, apprendre à son enfant à mieux gérer ses propres émotions demande que l’on s’attarde tout d’abord sur nous-même. Apprendre à être à l’écoute de ses propres émotions et celles d’autrui est le premier pas vers une meilleure gestion des conflits avec son enfant. Parfois, il n’y a même pas besoin de répondre avec des mots pour que l’enfant se calme de lui-même, parfois un simple silence mais une écoute attentive suffisent. Parfois, il est utile d’essayer de nommer l’émotion qui est en train de submerger notre enfant pour qu’il en prenne conscience. Savoir se montrer compatissant et empathique, reconnaître ses propos et ses émotions lui permettra de trouver par lui-même une solution à son problème. Les réprimer n’est pas pertinent. Le parent a un rôle fondamental dans cette gestion des émotions. L’intelligence émotionnelle est primordiale pour le futur équilibre de son enfant, à l’école comme dans sa vie personnelle : l’enfant apprend à reconnaître ses émotions et celles des autres qui l’entourent. Cela lui permettra non seulement de répondre aux épreuves de la vie et d’y faire face, mais il sera aussi à même de se montrer empathique envers autrui. Il ne faut pas non plus se laisser surpasser par elles et ne pas hésiter à demander de l’aide à des professionnels si on se sent démunis face aux émotions de notre enfant.

En résumé :

  • Ecouter attentivement son enfant
  • Reconnaître son sentiment par un « oh », « je vois », « mmmh », etc. qui peuvent l’encourager à se confier.

  • Mettre un nom sur l’émotion : tristesse, colère, peur, déception, etc.
  • Si besoin, faire semblant de réaliser les souhaits de l’enfant. Par ex., un enfant aimerait des biscuits, dire que nous aussi, si on le pouvait, on mangerait des biscuits tout le temps, que l’on aimerait avoir des pouvoirs magiques pour faire apparaître des biscuits… Généralement, l’enfant exprime ici un désir plus qu’un besoin, et de reconnaître son désir lui permettra d’accepter que celui-ci ne peut pas être comblé. Et ça marche !

  • Ne cherchons pas un sens caché derrière chaque comportement de notre enfant. C’est lorsqu’un même comportement se reproduit régulièrement qu’il y a un message à décoder.

  • L’enfant n’a pas toujours conscience de ses actes, ces derniers étant plus impulsifs qu’intentionnels. A nous de savoir relativiser si notre enfant abîme sans le vouloir réellement des objets matériels. Il vaut toutefois la peine de relever à son enfant que cela nous chagrine car tel objet était important à nos yeux.

Quelques lectures pour les enfants

Pour nous accompagner, il existe aussi des livres destinés aux enfants autour des émotions afin que ces derniers apprennent à les identifier. Vous trouverez facilement en libraire une édition qui vous convient, en fonction de l’approche de l’auteur, des illustrations, etc. afin d’aider votre enfant à identifier et gérer ses émotions en se référant à des personnages.

  • « Le loup qui apprivoisait ses émotions » d’Orianne Lallemand et Eléonore Thuillier aux éditions Auzou.

  • Les livres de Catherine Dolto qui permettent aux enfants d’identifier les émotions qui les submergent et comment y faire face.

  • « Le livre en colère » de Cédric Ramadier et Vincent Bourgeau aux éditions L’Ecole des Loisirs. A partir de 2 ans. Dans la même série, on trouve d’autres thèmes et émotions : « Le livre qui a peur », « le livre qui dort », « Le livre qui dit non », « Le livre amoureux ».

  • Un livre qui fait surgir des monstres en papier en 3D : « La couleur des émotions » de Anna Llenas. Existe aussi en jeu.

Quelques lectures pour les parents

  • Isabelle Filliozat, « Au coeur des émotions de l’enfant » aux éditions Marabout.

  • Adele Faber & Elaine Mazlish, « How to Talk so Kids will Listen & Listen so Kids will Talk »  aux éditions Scribner.

  • Couturier Stéphanie, « Aider votre enfant à gérer ses colères. Exercices et outils pour apaiser et éviter les crises » aux éditions Marabout.

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