La mappemonde des langues ou le plurilinguisme au quotidien – le monde d’aujourd’hui

Grandir dans un environnement multilingue et multiculturel. Déjà petite, je trouvais cela fascinant et j’étais un peu envieuse de mes camarades qui parlaient plus d’une langue. Ces langues et ces cultures qui se côtoient quotidiennement. Un melting-pot linguistique et culturel qui fait la spécificité de nombreuses familles. Entre fascination, peur et rejet, le bi-/plurilinguisme intrigue. Pourtant, au niveau mondial, le plurilinguisme est la norme : il y a souvent les langues nationales ou des différentes communautés présentes sur un territoire et la ou les langue(s) officielle(s) qui est/sont aussi celle(s) de l’école et de tout ce qui a trait à l’administration ; ainsi, de nombreux individus jonglent au quotidien avec plusieurs langues. Le monolinguisme est au final l’exception et résulte de la création des États-nations qui prennent appui, pour la plupart, sur une langue unique (même si le plurilinguisme est au fondement de certains États tels que la Suisse).

Rencontre des langues et des cultures, le monde d’aujourd’hui

Face à la mondialisation et l’intensification des échanges entre des contrées dispersées sur la mappemonde, il est indéniable que la maîtrise des langues est aujourd’hui un avantage, une chance, une ouverture. C’est d’ailleurs la croissance des échanges commerciaux qui a donné son élan aux cours de langue étrangère avec un accent prononcé sur le communicatif. Nous sommes nombreux à posséder des connaissances de base, ou davantage, en anglais. Celles-ci peuvent pour un temps nous rapprocher d’autrui mais elles atteignent assez rapidement leurs limites. Se familiariser avec la langue et la culture de l’Autre permet de mieux le connaître. Mais il va de soi qu’il est impossible de connaître l’ensemble de la richesse linguistique et culturelle de notre monde, s’y intéresser en se décentrant de nos référents culturels et linguistiques et en bousculant nos préjugés est un bon début et peut éviter de nombreux malentendus. C’est cette attitude qu’il est important de développer chez nos enfants qui grandissent dans un monde multiculturel et plurilingue, que ces derniers soient élevés dans un environnement pluri- ou monolingue. L’immigration d’une part, la multiplication des couples mixtes d’autre part, le plurilinguisme et l’interculturalité font définitivement partie de notre monde actuel et, plus encore, de demain. Nous devons remettre en question nos façons de faire pour pouvoir appréhender d’autres pratiques culturelles et légitimer les langues de chacun. L’école doit, elle aussi, s’adapter à ces changements pour promouvoir l’égalité des chances de chaque enfant et se poser en médiateur. Des activités conçues à cet effet sont proposées dans le cadre de l’éducation et ouverture aux langues à l’école (EOLE en Suisse ou ELODIL au Canada, par exemple). Une réponse bienveillante et respectueuse d’autrui adaptée aux contours de nos sociétés actuelles. Ces activités veulent encourager une prise en compte de l’autre avec ses spécificités linguistiques et culturelles, tout en dépassant une certaine hiérarchisation entre les langues/dialectes (ces termes étant eux-mêmes porteurs de connotations) souvent inconsciente mais bien présente et tenace dans l’imaginaire collectif – toutes les langues ne bénéficient pas du même prestige.

Les langues des élèves doivent être reconnues et valorisées ; elles sont le fondement non seulement du développement cognitif de l’enfant mais également un maillon important de son identité. Les langues premières de l’enfant ne sont jamais une barrière à l’apprentissage de la langue du pays. Après des années où il a été recommandé aux parents d’origine étrangère de ne pas parler leur(s) langue(s) maternelle(s) à la maison pour privilégier la langue du pays, on reconnaît enfin l’impact que ces conseils infondés ont pu avoir sur le développement cognitif et identitaire de l’enfant. En effet, lorsque la langue première de l’enfant est dévalorisée, il peut se produire ce qu’on appelle un bilinguisme soustractif, c’est-à-dire que l’enfant acquiert une nouvelle langue au détriment de sa première langue, ce qui peut avoir des conséquences négatives sur le plan du développement cognitif de ce dernier. A l’inverse, lorsque la ou les  langue(s) première(s) de l’enfant continue(nt) à être transmise(s) et que l’enfant s’approprie la langue du milieu à l’école par exemple, on parle de bilinguisme additif, situation dans laquelle l’enfant développe les deux langues (ou plus) de façon égale.

Les langues étrangères ont aujourd’hui une place de choix dans les programmes scolaires et font toujours leur effet sur les CV, bien que le plus souvent ce soit l’argument des échanges économiques qui semblent légitimer leur place et moins la reconnaissance de l’autre dans ses spécificités culturelles et linguistiques. Il suffit pour s’en convaincre de comparer l’attrait actuel pour l’anglais, l’allemand, l’espagnol ou encore le français (ce panel de langues de « premier choix » suit la mouvance générale et varie légèrement selon les conjonctures) en comparaison à celui, par exemple, pour l’hébreu (expérience personnelle, mes proches ne semblaient pas comprendre mon intérêt pour cette langue mais surtout son utilité pour mon futur) ou les langues régionales. Ces dernières subissent depuis des décennies ce tiraillement ; après avoir été stigmatisées suite à la standardisation des langues nationales, elles bénéficient aujourd’hui d’une certaine reconnaissance et d’un timide regain de vie et d’intérêt. Il est nécessaire de clarifier un point : aucune langue n’est « meilleure » qu’une autre, toute langue quelle qu’elle soit vaut la peine d’être parlée avec l’enfant, d’être transmise, elle constituera indéniablement un plus pour ce dernier, autant en ce qui concerne son capital identitaire que cognitif. La première utilité des langues est de pourvoir communiquer avec ses semblables, prendre part à la vie en société. Mais elles sont également, plus que jamais vis-à-vis de la conjoncture actuelle, le trait d’union entre les familles et les cultures dispatchées aux quatre coins du monde.

via Plurilinguisme

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