Cette année-là, je suis devenue maman

C’est sur un banc, dans l’air frais d’une matinée d’avril et avec le bruit paisible de la rivière qui s’écoule en arrière-fond, que j’entreprends la rédaction de mon récit de ma nouvelle vie de maman. Avec ma fille endormie dans sa poussette à mes côtés. Cela me rappelle tous les kilomètres parcourus à travers les chemins du quartier et les rondes au Jardin botanique pour que Mademoiselle puisse trouver le sommeil. Par temps sec et humide. Ma fille avait de la peine à s’endormir dans son lit en journée. Si je voulais être casanière, il fallait tout d’abord que je l’endorme dans mes bras, ce qui a fortement contribué à la musculation de mes biceps. C’est mes notes de cours dans une main et l’autre poussant la poussette que j’ai révisé mes examens (m’étant lancée dans une formation complémentaire antérieurement). Il ne fallait pas que je m’arrête trop longtemps sur un banc au risque que Mademoiselle se réveille. Depuis lors, les choses ont changé. Ma fille fait ses siestes dans son lit sans problème. A quelques exceptions près bien sûr. Aujourd’hui, elle est un peu grippée et ne parvenait pas à s’endormir dans son lit ; raison pour laquelle nous sommes en promenade de si bonne heure.

Cours, lectures : se préparer au bouleversement qui nous attend

Ma fille a déjà 15 mois. Le temps file. Bébé grandit tellement vite. Chaque nouvelle étape de son développement se succède sans qu’on le réalise vraiment. Chaque étape a son lot de difficultés et de joies. Il est primordial de profiter de chaque période car celle-ci sera bientôt révolue. Je n’avais pas de connaissances particulières en lien avec le développement de bébé. J’ai passablement lu en fin de grossesse après avoir quelque peu paniqué et commandé d’un clic plusieurs livres en ligne. Je nous ai inscrits avec le papa à un cours qui devait nous apprendre les bases pour prendre soin de bébé (enfin entre une poupée et un nourrisson tout fragile qu’on a peur de briser, il y a tout un monde!) Je ne suis pas sûre que ce cours nous ait grandement aidé à nous préparer à l’arrivée de bébé, mais cela m’a permis de rencontrer une amie que j’avais perdu de vue et qui était elle aussi enceinte (ce qui nous aura donné l’occasion de reprendre contact et de nous rencontrer quelques mois plus tard au parc avec nos filles). Devenir parent pour la première fois est une sacrée aventure. Heureusement que la sage-femme était là pour nous accompagner et nous rassurer dans nos gestes.

Coucou bébé, bienvenu parmi nous !

Avec une grossesse plutôt facile, un accouchement un peu plus éprouvant, voilà, bébé est là et il s’agit maintenant d’apprendre à nous connaître. On découvre enfin sa petite frimousse. Ma fille m’a semblé bien grande et costaude du haut de ses 52 centimètres pour 3600 grammes, c’est du moins la première chose que je me suis dite en la découvrant enfin : « Ah, qu’elle est grande ! » et quelques secondes plus tard : « Elle ne me ressemble pas beaucoup ! ». Eh oui, elle avait l’air d’une vraie petite latina avec sa touffe toute noire, ce qui contraste avec sa maman à la peau pâle et aux cheveux blonds vénitiens ! Le portrait craché de son papa. J’étais heureuse de faire enfin sa connaissance et de pouvoir la prendre dans mes bras. Pourtant, je n’ai pas ressenti un amour foudroyant tout de suite après la naissance (comme cela a été le cas pour le papa), peut-être à cause de l’épreuve de l’accouchement. Je sais que je ne suis pas la seule maman à avoir eu besoin d’un peu de temps pour faire connaissance avec son enfant. Ce qui est certain, par contre, c’est que chaque jour l’amour pour ma fille devient toujours un peu plus fort. Alors que j’ai eu besoin de quelques jours pour réellement investir mon nouveau rôle de maman, le papa, quant à lui, a été foudroyé d’un coup d’une gigantesque vague d’amour pour ce petit bébé, sa fille. Mademoiselle boudant sa poussette les premières semaines, puis son lit, c’est sur le ventre de son papa qu’elle a dormi au tout début jusqu’à ce qu’on lui donne la tétine (ou la lolette comme disent les Romands). Mais comme on nous avait déconseillé de la lui donner pendant la mise en place de l’allaitement, il a fallu trouver des solutions alternatives qui n’étaient pas des plus confortables ; enfin, que ne ferions-nous pas pour le bien-être de notre enfant.

Les joies et les tracas de l’allaitement

Nous avions opté pour l’option cododo avec un petit lit d’appoint qui devait aussi s’avérer très pratique pour l’allaitement la nuit. La théorie et la pratique, deux mondes. La mise en place de l’allaitement n’a pas été chose aisée, surtout la mise au sein. Alors que je m’attendais à ce que ce soit quelque chose de naturel et facile. Dans notre cours « rund ums Baby », nous avions bien eu une partie sur l’allaitement, mais jamais il n’a été mentionné que la mise en place de celui-ci pouvait prendre quelque temps et qu’il fallait se montrer persévérante. La théorie et les poupées, c’est bien joli, mais ça ne nous prépare pas du tout à allaiter son propre bébé, pour de vrai cette fois-ci. La présence de la sage-femme est fondamentale pour que l’allaitement soit concluant. Chaque femme est différente, chaque bébé aussi et la mise au sein (s’il n’y a pas le souci de la production suffisante de lait en amont), ça ne coule pas de source et il est impératif de bénéficier d’un accompagnement individuel par une personne compétente et de confiance.

A l’hôpital, j’ai eu affaire à plusieurs sages-femmes qui avaient chacune leurs conseils, souvent divergents, ou se permettaient des remarques quelque peu déplacées du genre « il suffit de faire comme ça pour… » alors que je n’avais aucune expérience en la matière. Même si pour certaines femmes, l’allaitement ne constitue aucun problème, pour la plupart, cela s’avère plus compliqué de mettre bébé au sein pour qu’il tète correctement et éviter tous les petits désagréments qui vont avec dans le cas contraire, comme crevasses et compagnie ! L’allaitement, c’est aussi un équilibre à trouver entre la maman et son bébé, et cela demande parfois un peu de temps. Mais cela vaut vraiment la peine de persévérer, surtout que par la suite, une fois qu’on a pris la main, c’est facile et super pratique. J’ai privilégié les positions classiques que je variais au final rarement. J’ai essayé, cela n’a pas été un franc succès et j’ai fini par y renoncer. Le papa m’a beaucoup soutenue les premiers temps, car cela était particulièrement important pour lui que j’allaite notre fille. Je m’étais fixée au départ 6 mois, puis face aux difficultés rencontrées, j’avais revu mon objectif de départ à la baisse et décidé d’allaiter 3 mois, sorte de compromis avec les souhaits du papa et le bien-être de ma fille, puis d’évaluer semaine après semaine, pour finalement allaiter 10 mois !

Certaines drogueries mettent à disposition des mamans une salle spécialement aménagée pour l’allaitement. J’ai trouvé cette option très agréable. Certaines mamans préfèrent allaiter à l’abri des regards ou au calme. Cela était mon cas au départ. J’ai par la suite allaité un peu partout en fonction des besoins de Mademoiselle, mais toujours en toute discrétion ; de nature plutôt discrète, cela me semblait plus approprié de me couvrir légèrement à l’extérieur, selon les lieux et les personnes avec qui je me trouvais, pendant que bébé tétait.

Dans tous les cas, je suis très heureuse d’avoir surmonté les difficultés des premières semaines. C’est tellement rapide et pratique une fois que ça roule ! Et même si au départ, je n’ai pas apprécié plus que cela le contact rapproché avec mon bébé pendant l’allaitement, je l’ai apprécié avec le temps et j’ai eu besoin de me préparer « psychologiquement » lorsque j’ai décidé qu’il était temps d’arrêter, même si j’ai plutôt l’impression que c’est une décision que j’ai prise avec ma fille, pour laquelle j’avais l’impression que la tétée ne lui apportait plus tant de bénéfices que cela et qui avait tendance à s’impatienter au sein et à se montrer un peu brusque si elle n’obtenait pas son dû de suite.

Convaincus par les bienfaits du cododo

Entre la manière dont nous pensions faire les choses avant l’arrivée de bébé et la tournure que celles-ci ont prise une fois Mademoiselle parmi nous, quelques adaptations se sont imposées. A l’époque, nous habitions dans un petit deux-pièces, il allait donc de soi que bébé dormirait dans notre chambre. Mais même dans un plus grand appartement, nous aurions privilégié le cododo (une petite précision s’impose quant à ce qu’on entend par la pratique du cododo : il s’agit autant de partager le même lit avec bébé, ce qui implique certaines précautions, que de faire dormir bébé dans son berceau mais dans la chambre des parents, ce que nous avons fait), car il nous semblait plus adapté de garder bébé près de nous pendant ses premiers mois de vie et de ne pas le laisser seul dans une chambre – aussi joliment décorée soit-elle mais dans laquelle règne le silence – à peine arrivé dans ce monde et après avoir passé 9 mois bien au chaud dans le ventre de maman, rassuré par tous les gargouillis et les battements de son cœur. Une approche de la parentalité qui nous parle et qui nous paraît plus douce et plus sécurisante pour ce petit être. Le cododo est finalement chose courante dans bien des régions du monde où l’allaitement est une évidence et où il est plus facile d’avoir bébé à proximité pour répondre au mieux à ses besoins ; expliquer cette pratique uniquement par l’exiguïté des logements serait très simplificateur. Ce sont surtout les pays occidentaux industrialisés – bien que certains pays occidentaux, comme les pays nordiques sont de grands adeptes de cette pratique (vous avez peut-être eu vent de la fameuse boîte finlandaise distribuée à tout nouveau parent en Finlande, initiative de l’État pour prévenir les risques de mort subite qui peuvent survenir si certaines règles ne sont pas respectées lorsque bébé rejoint le lit des parents lors de ces premiers mois de vie) – qui se sont éloignés du cododo et de l’allaitement face à la montée des valeurs individualistes, qui ont, entre autres, redistribué les rôles des membres de la famille et où il va de soi que chacun ait sa propre chambre. On remarque toutefois depuis quelques années un retour vers les pratiques du cododo et une revalorisation des bienfaits de l’allaitement.

Nous n’avons jamais vécu la présence de notre fille dans notre chambre à coucher comme un poids. Bien au contraire, cela nous rassurait de l’entendre respirer et c’était aussi bien pratique pour les tétées nocturnes. De plus, il nous semblait important qu’elle sente notre présence pour se sentir en sécurité même si le cododo n’est bien entendu pas le seul paramètre au développement d’un attachement sécure et va de pair avec un environnement bienveillant. Depuis notre fille dort dans sa chambre, ce qui est aussi appréciable après quelques mois. De plus, nous avions l’impression que les ronflements ou mouvements de chacun perturbaient le sommeil des uns et des autres, et il faut aussi reconnaître qu’il est agréable pour les parents de retrouver l’intimité de leur chambre à coucher et pour l’enfant d’avoir un espace qui lui appartient. Mais les avis divergent sur le sujet et chacun doit faire des choix en accord avec ses valeurs et ses ressentis.

Congé parental d’un an

Je suis restée un an avec ma fille avant que celle-ci intègre la crèche. Nouvellement installée dans la ville où nous vivons encore, je ne voulais pas passer mes journées seule à la maison avec ma puce. J’avais envie de faire des rencontres et de partager avec d’autres mamans. Je me suis donc inscrite à divers cours. Expérimenter la maternité dans un pays étranger, loin de mes amis et de ma famille, n’a au départ pas été facile tous les jours. Cela a été un challenge, par moments, d’être toujours la seule « étrangère » au milieu de mamans de la région. Moi qui ai tendance à vouloir passer inaperçue… Mais cela était aussi mon choix. Je voulais m’intégrer et pratiquer la langue du pays où j’habite. J’ai besoin au final d’être entourée par des personnes provenant de différents horizons pour me sentir bien. Ne maîtrisant pas encore la langue parfaitement, je me sens encore souvent en décalage quand je me retrouve dans un groupe entièrement germanophone. Mais je ne renoncerais pas à ces rencontres pour autant. J’admets toutefois que cela est aussi fort agréable de se retrouver avec d’autres expats, personnes qui sont au final dans une situation similaire à la mienne. Et bien entendu des francophones, qui sont ici principalement des Français, avec qui je peux échanger dans ma langue maternelle et avec qui je partage certaines références culturelles, bien qu’en tant que Suissesse francophone, je ne partage pas complètement la même mentalité et la même culture, et cela malgré le fait que la France soit un pays que je connaisse bien. Et ces amitiés francophones sont aussi profitables à ma fille ; l’allemand s’affirmant de jour en jour, il est important qu’elle puisse se confronter à d’autres personnes qui parlent le français. Mes impressions de cette première année avec ma fille seront relatées plus en détails dans un prochain article.

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