La mappemonde des langues – le plurilinguisme, c’est quoi au fait ?

Il vaut la peine de s’arrêter un instant sur ce qu’on entend par plurilinguisme. Le regard sur le bi-/plurilinguisme a aujourd’hui bien changé : on ne perçoit plus le bilinguisme comme une maîtrise parfaite de deux langues, ce qui est en réalité rarement le cas. On valorise, au contraire, toutes les compétences dans les langues en question, aussi partielles soient telles. Comprendre une langue, même si on ne la parle pas, par exemple, est déjà une compétence en soi que l’on reconnaît aujourd’hui. De même, un locuteur plurilingue ne possède pas des compétences égales dans les langues qu’il côtoie quotidiennement, car c’est par l’emploi que l’on fait d’une langue que s’en dessinent les compétences ; on n’utilise pas une langue à des mêmes fins et cela se remarque principalement au niveau du vocabulaire et des compétences à l’écrit du fait qu’on n’interagit pas sur les mêmes thèmes selon les contextes auxquels est associée une langue (langue de la famille, de l’école, du travail). De plus, les compétences fluctuent dans le temps ; elles ne sont pas statiques ni acquises une fois pour toute. Qui n’a pas appris une langue étrangère qu’il maîtrisait bien puis, n’ayant pas pratiqué cette langue pendant une période plus ou moins longue, s’aperçoit qu’il n’est plus aussi à l’aise quand il s’exprime à nouveau dans cette même langue ? C’est une expérience quelque peu frustrante que je fais souvent personnellement ; j’évolue dans un environnement plurilingue (mon mari est d’origine hispanique, nous habitons en Allemagne, ma belle-famille vit aux États-Unis et ma famille en Suisse romande) et je constate souvent que si je ne pratique pas une langue intensivement pendant un certain temps, je cherche mes mots et le flux de mes paroles se voit quelque peu saccadé à la prochaine occasion. Passer d’une langue à une autre demande une sacrée flexibilité mentale, exercice non pas des plus aisés mais qui correspond à l’identité de mon contexte de vie et, au final, de mon identité. Ce phénomène touche parfois même mon aisance dans ma langue maternelle, où il m’arrive de bûcher sur certaines expressions si ce n’est pas le débit de mes paroles qui s’en voit affecté. Ah, les langues, une sacrée gymnastique de l’esprit !

 

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