Les émotions de mon enfant – 1

Je me souviens de ces moments où certaines étapes du développement de notre fille ont pu nous déconcerter et parfois même nous pousser à bout, ne sachant pas trop comment y réagir (et il y en aura d’autres, c’est certain!) Eh oui ! quand on est habitués à ce que mini-nous s’endorme plus ou moins facilement à 20h, laissant quelques heures de répit à ses parents pour s’adonner à leurs activités, on peut se sentir quelque peu frustrés quand, par exemple, ce même mini-nous décide de combattre la fatigue autant qu’il le peut pour repousser l’heure du coucher. Et que dire des crises de larmes auxquelles nous ne sachions comment réagir, celles-ci nous ayant quelque peu prises au dépourvu. C’est dans ces moments que nos points de vue se sont confrontés parfois avec intensivité, la dispute devenant inévitable – la fatigue du quotidien ayant peut-être accentué le tout. Nous nous sommes aperçus que nous n’avions pas toujours les mêmes approches éducatives, la même manière de gérer nos propres émotions et que nous n’accordions pas le même sens à celles-ci. Il était temps d’en discuter plus à fond pour le bien-être de notre famille.

Dans cet article, j’aborde donc la question des émotions de l’enfant auxquelles on se confronte tous, plus ou moins intensément, vers les deux ans de mini-nous, période aussi connue sous le nom de « terrible two ». Face à cette période de l’affirmation de soi parfois un peu pénible, je suis allée à la recherche d’outils pour pouvoir aider ma fille à gérer ses émotions d’une part, mais également des conseils utiles à la gestion de nos propres émotions (frustration, exaspération, colère, etc. qui peuvent découler de nos interactions conflictuelles avec mini-nous). Je voulais aussi éviter d’être continuellement dans le schéma d’un discours en contraction avec celui de mon enfant, pensant avoir les réponses à tout, et prenant le risque de ne plus être à même d’écouter les propos de mon enfant, les interprétant automatiquement comme des propos de rébellion ou des caprices. Et il faut bien le reconnaître : nos chérubins ont la tête dure et peuvent camper longtemps sur leurs positions.

Souvent, en tant que parents, nous nous sentons vite démunis face aux émotions de notre enfant et avons tendance à vouloir les faire taire au plus vite. Pourtant, les émotions ont un sens et une fonction. Il vaut la peine de les écouter pour entendre ce qu’elles ont à nous dire. Parfois, il est nécessaire de se décharger de nos tensions émotionnelles pour pouvoir avancer ; les contenir n’est jamais bon. Il en va de même pour nos enfants. Mais ces derniers ont besoin de nous pour y faire face et développer une bonne gestion de leurs émotions qui leur sera aussi très utile dans leur vie future.

Premier constat : pour pouvoir bien accompagner son enfant dans la gestion de ses émotions, nous devons passer par une phase d’interrogation voire de remise en question nous concernant.

  • Comment gérons-nous nos propres émotions ?
  • Quelle place accordons-nous à nos propres émotions et celles d’autrui ? Avons-nous de la facilité à nommer et reconnaître nos émotions ou avons-nous plutôt tendance à les ignorer tant que cela est possible, les états d’âme de notre entourage pouvant parfois nous effrayer et nous irriter ?

  • A quels principes éducatifs sommes-nous assujettis (en lien avec les théories éducatives en vigueur ou l’éducation que nous avons reçue enfant) ? Il est important de les identifier pour pouvoir s’en distancer ou appliquer ces principes en toute conscience, et pouvoir adapter nos réponses à la spécificité de chaque enfant.

  • Quel est l’impact de notre histoire personnelle sur les principes éducatifs que nous appliquons avec nos propres enfants ? Que reproduisons-nous inconsciemment ?

Deuxième constat :

  • Nos enfants nous expriment leurs besoins. A nous parents d’être à leur écoute pour y répondre adéquatement.

  • Il faut savoir se faire confiance.

  • Il n’y a pas de recette miracle en matière d’éducation. Chaque enfant est différent et il est important de le reconnaître dans sa spécificité.

  • Nous ne sommes pas parfaits, nous commettrons donc indéniablement des erreurs. L’important est de savoir se questionner, reconnaître ses erreurs et se remettre en question. La culpabilité ne mène à rien.

  • N’oublions pas nos propres besoins.

Petite mise au point

Afin de « traverser » cette période pas toujours des plus apaisées avec son enfant sans trop de heurts, il est important de définir comment nous nous positionnons face aux émotions de notre enfant en fonction du sens que nous leur octroyons d’une part, mais également au regard de notre perception de cette période du développement psychologique de notre enfant et ce que nous souhaitons transmettre comme valeurs et croyances à notre enfant.

  • Tout d’abord, relativisons, cette période d’affirmation de soi, d’opposition, de caprices (voyez comme la manière de nommer cette période en dit déjà long sur notre manière de la percevoir et de nous positionner face à elle) est un signe que notre enfant se développe bien. Il devient acteur de sa propre vie et cherche sa place dans ce monde. Il cherche à être reconnu pour ce qu’il est. Il cherche à découvrir quelles sont les règles et les limites à respecter dans l’environnement où il évolue. Et cette période n’est pas non plus éternelle quoique parfois intense.

  • Sur cette question, il y a diverses théories qui divergent. Il n’y a donc pas une recette miracle à appliquer. Il est important de lire sur le sujet pour avoir un regard plus large sur la question et déterminer où nous nous situons afin de gérer au mieux cette période importante au développement de notre enfant. Cela nous permettra également de définir les valeurs que nous souhaitons transmettre à notre enfant.

    Il n’est pas toujours facile de faire le tri parmi les différentes théories, car tous les avis ont leur place, et tous ne sont pas forcément bons à suivre. C’est pour cela que je mentionnais plus haut qu’il est important que l’on s’interroge sur nos valeurs et nos objectifs éducatifs afin de pouvoir nous tourner plus facilement vers les théories éducatives qui nous correspondent et que l’on pourra réellement appliquer au quotidien. C’est comme pour l’accouchement, l’allaitement ou le sommeil de bébé, chacun a son avis et ceux-ci peuvent vite devenir pesants s’ils ne nous correspondent pas, engendrer des conflits avec les partisans d’un autre « courant » éducatif voire être la cause d’un sentiment de mal-être et de culpabilité ou nous empêcher à suivre notre intuition et à nous faire confiance.

  • Parmi mes lectures fétiches, il y a les ouvrages d’Isabelle Filliozat dont « Au coeur des émotions de l’enfant », ma bible actuellement, et « How to Talk so Kids will Listen & Listen so Kids will Talk » d’Adele Faber & Elaine Mazlish. Je ne partage pas forcément l’ensemble des points avancés par les auteurs, mais je me situe dans la même orientation. Des fois, il vaut la peine d’aller puiser à droite et à gauche pour se faire sa propre idée.

Mes valeurs et objectifs éducatifs

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je me dois de présenter mes valeurs et mes objectifs éducatifs.

  • J’aimerais que ma fille soit à même de prendre en considération les sentiments des autres et adapte son comportement en conséquence. Je ne suis donc pas partisane du laisser-faire et de ne pas reprendre son enfant quand il dépasse certaines limites. J’aimerais lui transmettre certaines valeurs que je trouve particulièrement importantes pour vivre en harmonie avec autrui. Je parle beaucoup avec ma fille et lui explique toujours pourquoi je la reprends. Je pense que la communication est notre meilleure alliée. A mon avis, simplement interdire ne mène à rien, juste à l’envie peut-être d’enfreindre à la moindre occasion ces interdits. Il est important que l’enfant comprenne le sens et le bien-fondé de certains interdits.

  • On vit dans une société, et dans toute société, il y a des règles que les individus membres se doivent de respecter s’ils veulent appartenir au groupe. Il est de mon devoir de parent de lui apprendre les règles en vigueur. Ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui.

  • J’aimerais qu’elle donne une place aux émotions d’autrui, qu’elle se montre empathique.

  • Je souhaite établir avec elle une relation de confiance. Lui expliquer ce que j’attends d’elle et pour quelles raisons, mais ne pas être sans arrêt derrière elle pour la surveiller ou la reprendre.

  • Il m’importe aussi que ma fille soit à même de gérer ses propres émotions, ne se sente pas désemparée face à elles, qu’elle puisse avoir une base affective sécure et avoir confiance en elle et en ses possibilités pour faire face aux défis qui l’attendent.

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