Ce matin, la lecture d’un mot a fait ressurgir en moi des souvenirs de mon enfance. J’ai grandi dans une maison mitoyenne surplombant le lac Léman, rappelant le Sud avec ses façades blanches, ses stores d’un jaune franc et ses palmiers. Un petit air de vacances tout au long de l’année. Il y avait la terrasse d’été à plain-pied avec le four à bois qui a surgi des croquis de ma maman. Je me rappelle ces repas estivaux aux saveurs particulières propres à la cuisson au feu de bois. Les Flammkuchen (tartes flambées), spécialités alsaciennes et du sud de l’Allemagne, étaient souvent servies en apéritif, au grand régal de tous. Je me souviens qu’on s’amusait bien entre copains-copines tandis que les adultes conversaient de manière enjouée pendant les chaudes soirées d’été. Et quand on ne se réunissait pas sur la Riviera, on partait entre amis dans des contrées plus éloignées et aux températures plus clémentes (pas tous les ans non plus!). « Ba moin en tibo, Deux tibo, trois tibo doudou, Ba moin en tibo, Deux tibo, trois tibo d’amou, Ba moin en tibo, Deux tibo, trois tibo, Ba moin tout ça ou lé, Pour soulagé coeu moin. »1 : ce rythme et ces paroles me rappellent de jolis moments passés en Guadeloupe (suivez le lien ci-dessous pour ajouter un peu de soleil et de joie de vivre à votre journée, on n’en a jamais assez).
Pour nos anniversaires, maman organisait souvent des activités bricolage atypiques sous la terrasse couverte avec nos copains de classe. Mais les airs de fête s’imposaient dès le saut du lit ; maman, des idées plein la tête, se munissait de ses pinceaux pour créer une fresque personnalisée sur la fenêtre de la cuisine, faisant pâlir serpentins et ballons. Quand nos petites mains n’étaient pas occupées à façonner quelque chose, on improvisait des séances lecture entre soeurettes, allongées sur nos matelas de plage, dans le gazon toujours entretenu avec soin par papa.
Et que dire de nos explorations dans le quartier, à la recherche d’un trésor ou d’une découverte exceptionnelle dans les vastes étendues entourant le château, que seule la perspective de se faire attraper par le chien du domaine freinait. Nos escapades entre les branches de ce sapin gigantesque que nous clôturions souvent par une petite sieste improvisée sur une de ses branches. Nos hamsters nous accompagnaient parfois, l’un d’eux ayant profité de ce moment de détente pour mordiller le sac et se frayer un chemin de sortie ; nous avons beau eu chercher partout, il était parti pour de bon ! Nos petits compagnons ont toujours été choyés et n’ont jamais souffert de nos idées parfois saugrenues d’enfants (si cela se devait d’être précisé). Il ne faudrait pas oublier de mentionner nos concours de saut dans la cage d’escalier, évidemment tapissée d’une montagne de coussins pour prévenir tout malheur lors de l’atterrissage.
Je ne compte pas non plus les parties de mini-golf et de bowling avec ma sœur et mon papa pendant que maman s’adonnait à ses activités artistiques. Et des promenades avec les toutous du quartier, à défaut de pouvoir en avoir un à nous. Sibelle, l’imposante terre-neuve à la démarche nonchalante, Gypsi, le petit bâtard qui contrastait drôlement à ses côtés, Leo, le golden-retriever un peu foufou aux tons crème et Olive, la svelte labrador. Un joyeux quatuor. Les mômes du quartier s’en allaient dégourdir les pattes de ces adorables boules de poils, leurs propriétaires ne rechignaient pas à faire l’impasse sur une balade et les parents avaient trouvé la formule idéale pour éviter d’argumenter sans fin contre l’adoption d’un animal qu’ils ne désiraient aucunement voir chez eux. On ne pouvait trouver merveilleux compromis.
Dès que la maison était désertée par tous, je ne manquais jamais l’occasion de glisser un CD de mes parents dans le lecteur high-tech, de danser et de rêvasser tandis que ma petite sœur donnait une représentation de danse (dont je m’étais éclipsée) avec ses copines du quartiers devant leurs parents respectifs. J’aimais ces soirées où on se retrouvait tous les quatre autour de la table de la cuisine et où on déballait le plateau de jeu du Cluedo, se mettant dans la peau d’un détective le temps d’une partie. On en a passé de bons moments en famille et partagé des rires (et quelques chamailles) avec ma petite soeur.
Les voix de Sting, Phil Collins ou encore Tracy Chapman enveloppaient souvent les murs de la maison et ils m’y replongeront à chaque fois qu’une de leurs mélodies se fera entendre en quelque lieu et époque que ce sera. Il fait bon de se remémorer ces souvenirs. Un tantinet mélancolique. Il vaut mieux garder en mémoire tous ces beaux moments et laisser s’en aller les moments plus douloureux qui sont venus entacher ce tableau des plus idylliques. La vie est pleine de surprises et de renouveau. Après avoir dû quitter ce petit paradis sur terre (qui a depuis perdu ses couleurs d’antan), d’autres beaux moments se sont succédés et se succéderont encore. Ainsi va la vie. Chérissons tous ces souvenirs d’une époque révolue et qui détiennent toujours une place importante dans nos coeurs d’adulte.
=> Paroles de la chanson « Ba Moin En Ti Bo » de La Compagnie Créole : https://www.youtube.com/watch?v=KGU_vPssFKM