Les mille et une façons d’être maman – partie 1

Cette fin de journée est aussi maussade que mon humeur. Je suis déçue et en colère. Lassée, exaspérée par le jugement perpétuel auquel nous sommes confrontés, quoi que nous fassions finalement. Dans ce billet, il est surtout question du regard d’autrui vis-à-vis des mamans qui choisissent de concilier vie familiale et vie active, ou de ne se consacrer qu’à l’un, et des choix de celles-ci dans la manière de les concilier ou pas. Et visiblement, tout le monde se sent obligé d’apporter son point de vue empreint de jugement. Comme s’il y avait toujours un mieux et un moins bien, un chemin de vie plus adéquat, plus juste, plus courageux, plus méritoire, et j’en passe, qu’un autre. Et ce constat me révolte et me fatigue. Bien entendu, on connaît tous le poids des conventions sociales, culturelles et religieuses sur nos choix de parcours de vie… et bien entendu, en miroir, sur le jugement porté sur autrui. Il est difficile de s’en défaire et cela peut être pesant. J’ai fait des choix en lien avec mon parcours de vie et mes convictions. Ces choix me correspondent, même si certains jugements peuvent parfois, temporairement, m’atteindre et me fragiliser, me rappeler que mon chemin s’écarte quelque peu des normes de réussite prônées par notre société. Mais tout est question de perspective : je conçois la vie comme un chemin ponctué d’expériences de vie, de situations auxquelles on tâche de s’adapter au mieux, tout en restant en accord avec ses valeurs et sa personnalité. On part tous avec un bagage « imposé » avec lequel il nous faudra concilier pour avancer et vivre notre vie. Il est dommage qu’il nous soit si difficile de concevoir la diversité des chemins de vie pour ce qu’ils sont sans avoir nécessairement besoin de les connoter avec des « plus » et des « moins ». Il y a, au final, autant de parcours de vie que d’individus et tous ont leur valeur.

  • La parentalité et ses diverses expressions

Parmi mes connaissances et amis, aucun ne vit la parentalité de manière identique. Chacun éduque ses enfants en fonction des recommandations officielles (qu’on choisit de suivre strictement ou de se distancer, selon ses convictions), des conceptions de l’enfance (qui se distinguent selon les époques et les cultures), de son histoire familiale, ses valeurs, sa personnalité, son style de vie, sa ou ses culture-s d’origine, sa religion, sa situation personnelle et professionnelle du moment, ses projets de vie et de carrière, son environnement linguistique, pour ne citer que les principaux. Tout un ensemble de critères donc font que nous concevons tous la parentalité à travers des yeux uniques. Nous nous retrouvons sur certains aspects, nous nous en écartons sur d’autres. Et tant que le bien-être de nos enfants est considéré, il est inutile de passer par la case « jugement ». Gardons en tête que malgré toute notre volonté, nous ne pourrons jamais être un parent parfait, nous avons tous nos failles, car nous ne maîtrisons pas tous les paramètres, et personne ne fait exception, cela est humain. Je ne cautionne pas, cela va de soi, les éducations trop strictes où le bien-être de l’enfant pourrait être négligé.

Ce n’est pas que l’on devient parent, qu’on deviendra ami avec tout autre parent, loin s’en faut. Cela semble assez logique : les conversations autour de bébé ne suffisent pas à nourrir une amitié. Toutefois, je m’attendais (naïvement) à davantage de solidarité entre parents. On partage quand même un certain nombre de joies et de galères. Lorsque je promenais ma fille âgée alors de quelques mois et que je rencontrais sur mon chemin d’autres mamans ou jeunes parents, je m’attendais à ce qu’on échange (brièvement) un sourire. Je me suis, au contraire, souvent confrontée à une totale indifférence et des visages fermés peu enclins à répondre à mes sourires (ils avaient probablement leurs raisons, leurs soucis…). Heureusement, je croisais aussi le chemin de mamans ou de parents plus souriants. Mais quelle désillusion. Je suis d’une nature souriante, c’est vrai. Je souris volontiers aux autres, mais ces diverses expériences du chacun pour soi ont fini par faire pâlir mon sourire. Tant pis.

En tant que nouveaux parents, on partage souvent nos expériences et il y a de fortes chances qu’on sympathise avec des parents partageant les mêmes approches éducatives que nous. Entre amis, c’est parfois un peu plus compliqué, on partage nos expériences mais on ne s’attarde pas non plus trop si celles-ci divergent, autant éviter les questions qui fâchent et profiter de bons moments entre amis avec les enfants ; cela est aussi, au final, enrichissant et instructif pour nos chérubins de prendre conscience qu’il y a diverses manières de faire les choses.

  • Boutchou, maman, papa et le job

Je ne compte pas discuter d’éducation ici, mais de la manière dont les couples se restructurent et redéfinissent les tâches de chacun une fois l’arrivée des enfants. Eh oui, la parentalité est une aventure merveilleuse, mais qui constitue un réel bouleversement et chamboulement dans le couple, et cela nécessite quelques ajustements à divers niveaux. Comment allier travail et maternité/paternité ? En tant que maman, je me penche ici sur les « frictions » entre mamans selon la place qu’elles accordent au travail et à la maternité, et comment elles combinent les deux activités au quotidien. Ces choix ne se situent pas seulement au niveau du couple et de la famille ; la société et la culture dans lesquelles nous baignons ont forcément un impact. Malgré le fait que nous partagions la maternité, cela ne nous rapproche pas pour autant, car on devient maman dans un environnement bien défini et cela crée des distances palpables entre ces dernières. Comme une certaine confrontation entre les mamans au foyer et les mamans actives professionnellement.. Chacune vivant la maternité très différemment.

Qu’en est-il alors de ma vie de maman et de femme active ? Comment m’imaginais-je concilier maternité et travail ? Qu’est-ce que mes choix impliquent concrètement d’un point de vue matériel, logistique et financier ? Quelles concessions ai-je dû faire pour concrétiser ceux-ci ? Et le papa dans tout ça, comment voit-il les choses, comment se positionne-t-il, quel est son rôle au sein de la famille ? Enfin, comment nous sommes-nous construits en tant que famille pour que chacun y trouve son compte ? Comment avons-nous concilié vie de famille et vie professionnelle ?

Je suis une maman d’une petite fille de 23 mois et heureuse dans mon nouveau rôle. Après mes études universitaires, j’ai exercé différentes activités professionnelles sans parvenir toutefois à me définir pour une activité unique. Pour différentes raisons dont le propos n’a pas sa place ici. Dans tous les cas, j’ai fini par trouver un équilibre de vie. Je n’ai jamais souhaité travailler à temps plein pour un unique employeur. Je n’ai pas envie que ma vie s’apparente au credo métro-boulot-dodo et ne plus avoir de temps, et d’énergie surtout, pour me consacrer à d’autres projets et intérêts personnels. Je n’avais pas envie de courir tout le temps jusqu’à en ressentir de la frustration et à m’épuiser. C’est un choix et celui-ci n’a pas que des avantages, d’un point de vue financier principalement, mais il me correspond. Travailler à temps partiel me permet également de concilier différentes activités professionnelles et ainsi de m’accomplir sur un plan à la fois personnel et professionnel, même si cela demande parfois de la persévérance et de l’ingéniosité. Et bien entendu, de devoir soutenir le jugement d’autrui par moment. Toutes les professions, toutes les entreprises ne permettent pas non plus de travailler à temps partiel ou alors cela implique de revoir à la baisse ses ambitions de carrière ou à trouver des solutions alternatives afin de poursuivre ses objectifs professionnels.

Depuis que je suis devenue maman, ce choix s’est encore renforcé. Choix personnel et discuté avec le papa. Je ne concevais pas de travailler à plein temps une fois maman. Je n’avais pas envie de concevoir une famille pour ne voir mes enfants qu’en soirée ou le week-end, sans jugement aucun. C’est également important pour mon mari que ses enfants passent le maximum de temps avec un de leurs parents. Mais je ne me voyais pas renoncer à toute activité professionnelle pour autant non plus. J’ai besoin de me développer professionnellement et intellectuellement, cela est important à mon équilibre et me permet de mieux répondre aux besoins de ma fille. Mon mari poursuit des objectifs de carrière auxquels il ne peut prétendre qu’en conservant une activité professionnelle à plein temps. Il allait donc de soi que je m’occupe de la maison et de notre fille, tandis que lui ferait vivre le ménage. Cette séparation des tâches, très traditionnelle d’un premier abord, n’est pourtant pas aussi rigide qu’elle en a l’air. Mon mari m’encourage à concrétiser mes projets et me soutient en mettant la main à la pâte quand le besoin s’en fait ressentir. Et il est toujours heureux de passer du temps avec sa fille après le travail et il ne rechigne devant aucune tâche.

Notre fille va chaque jour quelques heures à la crèche. Elle adore et c’est une bonne chose pour elle d’être en contact avec d’autres enfants et adultes (même si cela a toujours été le cas, ayant fait divers cours avec elle depuis ses 3 mois). Elle est devenue beaucoup plus à l’aise socialement. Et vivant dans un pays étranger, c’est également l’occasion pour elle de se familiariser avec la langue du pays que nous ne parlons pas à la maison. Les éducateurs font un super job et redoublent d’inventivité pour divertir les enfants. Même s’il arrive que quelques larmes rendent la séparation difficile lorsqu’on l’y dépose le matin, on sait que cela ne dure pas longtemps et qu’elle s’y plaît, la retrouvant tout sourire quand on vient la récupérer, avec souvent l’envie de jouer les prolongations. Dans notre cas, la crèche s’est avéré être indispensable pour pouvoir poursuivre une activité professionnelle à temps partiel sans autre solution de garde à portée de main ; vivant à l’étranger, loin de nos familles respectives, les grands-parents ne peuvent pas pouponner si facilement et à la demande. Un travail à temps partiel et la crèche me permettent de passer du temps avec ma fille tout en me consacrant à d’autres projets, et d’être plutôt flexible quant à mon emploi du temps. La garderie représente bien entendu un coût. A côté des autres dépenses ménagères auxquelles nous ne pouvons pas échapper. Sans oublier les voyages pour rendre visite aux grands-parents (en sachant qu’on ne payait pas jusqu’alors son billet d’avion). Vous vous doutez bien que nous devons nous restreindre à plusieurs niveaux – on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, comme le dit si bien le proverbe populaire. Heureusement que nous vivons dans une ville où le vélo est roi et qu’il y a toujours l’option du carsharing, plus économique et écologique au final. Mais nous sommes heureux ainsi, pour l’instant du moins !

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