Au moment où la nouvelle allait m’être annoncée, le soleil s’est évanoui pour faire place à la pluie ; il a plu des cordes jusqu’au surlendemain, en continu. Une coïncidence sûrement, mais une météo qui s’accordait avec mon ressenti et qui flouait ainsi le décalage avec le monde extérieur, qu’un soleil radieux aurait peut-être créé ; une sorte d’harmonie autour de ma peine. Suite à l’annonce que le cœur de mon bébé s’était arrêté à presque 3 mois de grossesse et cela probablement depuis déjà deux semaines (et que je ne le suspectais pas – c’est cet aspect qui m’a le plus perturbé), les larmes ont coulé toute la nuit. J’avais besoin d’évacuer ma tristesse. J’étais épuisée le lendemain et j’avais besoin de temps pour moi, pour me retrouver. J’avais besoin d’être seule, d’écouter de la musique, de dormir et d’écrire, mes activités privilégiées pour me détendre. Mon mari ne voulait pas me laisser seule, mais ne s’est pas montré intrusif non plus, sachant que j’avais besoin d’être dans mon coin, sa présence me réconfortant tout de même. Tout au long de cette épreuve, il a été à mes côtés et aux petits soins pour moi. Il a pris beaucoup sur lui pour me donner le temps de me reposer et d’« encaisser », et je l’en remercie du fond du cœur. Ma fille de 19 mois n’était pas encore consciente qu’un petit être prenait gentiment forme dans le ventre de maman ; c’était encore trop tôt pour le lui expliquer. Mais elle a bien senti que maman était très triste et elle m’a amené son ours en peluche en réconfort. Depuis, il est à mes côtés toutes les nuits.
Nos parents respectifs n’étaient au courant de rien ; je voulais partager la bonne nouvelle après mon second rendez-vous de contrôle, d’une façon un peu originale, lors de notre prochaine rencontre en famille. La vie en a décidé autrement. Je les ai appelés pour leur annoncer que ma grossesse s’était subitement arrêtée et que nous avions rendez-vous le lendemain à la clinique pour un contrôle complémentaire. Mon mari était à mes côtés lorsque la fausse couche nous a été confirmée – un miracle n’était pas à attendre. Après avoir poursuivi tout le protocole pour l’intervention qui aurait lieu le lundi suivant – eh oui, bébé était déjà bien accroché -, nous sommes allés manger des tacos dans un petit restaurant proche de l’hôpital ; ce moment rien que tous les deux, après plusieurs heures dans les couloirs de la clinique, était très agréable. Il m’a rappelé la chance que nous avions d’avoir notre fille et ses petites manies, ce qui a illuminé mon visage d’un sourire timide mais bien là.
Ne pouvant être opérée de suite, j’étais contente d’avoir mes parents à mes côtés. Attendre trois jours, c’est long, surtout quand on ne sait pas ce qui peut arriver pendant ce laps de temps. Ils ont été là pour nous soutenir moralement, nous donner un coup de main avec la petite et surtout nous changer les idées. C’est alors que j’ai décidé de fleurir mon balcon. Un érable, un hortensia, quelques fraises (dont ma fille raffole, les arrachant sans ménagement) et le tour est joué. Ma façon à moi de faire le deuil et de laisser place à la vie et à l’espoir d’une prochaine grossesse que j’espère sans mauvaises surprises cette fois-ci.
Je craignais une fausse couche, comme beaucoup de femmes, et malheureusement j’en ai fait l’expérience. Après le choc de la nouvelle, il faut bien accepter que la grossesse s’est interrompue et se dire que cela est peut-être mieux ainsi pour pouvoir aller de l’avant. Le bébé/fœtus était encore tout petit, s’il est parti si tôt, c’est qu’il n’avait probablement pas toutes les prédispositions pour se développer normalement. Dans mon cas, même si l’expérience est douloureuse, le fait d’avoir déjà une petite fille en pleine forme m’aide à traverser cette épreuve et à relativiser. Malgré cela, je pense que le processus d’acceptation prend du temps, car même si j’ai l’impression d’avoir accepté ce qui m’est arrivé, je me sens depuis la fin de l’intervention chirurgicale, de mauvaise humeur, irritable, maussade, agressive et distante avec mon entourage, ce qui est un signe que le processus de guérison est toujours en cours et prendra quand même un peu de temps. Alors que j’avais hâte qu’on me retire le fœtus sans vie de mon ventre, je me suis sentie soudainement vide après l’intervention.
J’avais annoncé ma grossesse à quelques amis, un peu prématurément peut-être. Même si le spectre d’une fausse couche est toujours présent, j’étais confiante et un peu impatiente de partager la bonne nouvelle avec mon entourage. J’avais déjà acheté quelques petits habits que je trouvais particulièrement mignons. Je me réjouissais de pouponner à nouveau et je m’y projetais déjà. Je me demande maintenant s’il n’est pas préférable, au final, d’attendre le dernier moment pour faire des achats pour le bébé à venir. Mais autant de superstition, est-ce vraiment nécessaire ? Ou serait-il plus approprié de parler de prudence ou de bon sens ? En ce moment, je ne sais plus trop quoi en penser et je me retiens d’acheter quoi que ce soit à l’attention d’un futur bébé. Par crainte que cela nous apporte à nouveau de la malchance. Mais c’est peut-être oublier que si le destin a décidé de mettre un terme à cette grossesse, c’est peut-être au contraire pour de bonnes raisons, pour éviter des conséquences plus malheureuses dans un futur plus ou moins proche. Enfin, ce n’est pas forcément ce que l’on doit se dire si le scénario se répète infiniment.
Je ne regrette pas d’avoir annoncé ma seconde grossesse un peu trop tôt, car même si celle-ci s’est terminée plus vite que prévu, j’ai reçu beaucoup de soutien de la part de mon entourage, ce qui est inestimable en de tels moments. Je n’aurais pas voulu me retrouver seule à porter mon expérience de la fausse couche, comme un secret à ne pas divulguer. J’avais besoin de messages de soutien, d’échanger avec mes amis et ma famille, de leur présence avant, pendant et après l’intervention. J’ai également été très bien accompagnée par le personnel hospitalier, qui s’est montré extrêmement attentif, compatissant et compétent. Toutes ses petites attentions font la différence. Car même si le fœtus était encore minuscule, on n’a pas le droit de banaliser cette perte.
Les fausses couches sont fréquentes (plus d’un tiers des grossesses se terminerait par une fausse couche), mais on n’en parle que très peu. L’expérience de la fausse couche fragilise et je comprends que les femmes qui ont traversé une épreuve similaire puissent être plus tendues et moins sereines lors d’une grossesse ultérieure. Je pense que ce sera mon cas également et que je garderai le secret de ma grossesse jusqu’au cap des trois mois cette fois-ci, en espérant que je n’aurai pas à refaire une telle expérience. Il n’est pas toujours facile de garder confiance. Cette épreuve a aussi affecté le papa. On sera certainement plus prudents la prochaine fois, même si je n’ai fait aucun excès, on se demande toujours si on aurait pu éviter une telle expérience si on avait fait les choses différemment. On refait le monde avec des si, mais à quoi bon finalement se torturer l’esprit, se culpabiliser, j’ai été raisonnable, la vie en a juste décidé autrement.
J’espère que je serai à même de vivre ma seconde, ou plutôt troisième grossesse, aussi sereinement que j’ai vécu la grossesse de ma fille. Et que j’aurai suffisamment confiance en la vie pour ne pas m’inquiéter continuellement. L’avenir nous dira quel impact l’expérience de la fausse couche aura sur mon état d’esprit durant ma prochaine grossesse. Je garde confiance et j’espère que notre famille s’agrandira tout bientôt.
Depuis cet événement, une seconde petite fille a rejoint la famille. Le début de la grossesse nous a, cependant, causé quelques inquiétudes. Le scénario a bien failli se reproduire. Nous n’avons pas de certitude, mais nous aurions pu être cinq au lieu de quatre. Il était alors difficile d’être serein jusqu’au cap des trois mois. J’ai ensuite décidé de lâcher prise, de faire confiance et d’arrêter de vouloir contrôler des choses sur lesquelles je n’ai au final que peu d’influence. Heureusement, la suite de la grossesse a été plutôt facile (bien que très différente de ma première) jusqu’à quelques semaines du terme, où j’ai dû sérieusement ralentir le rythme afin d’éviter de précipiter la venue de Mademoiselle.