Enceinte, je me suis soudain demandée si je serais capable de ressentir et de donner autant d’amour à mon second enfant. J’ai l’impression que l’amour que j’éprouve pour ma première fille s’intensifie de jour en jour. Peut-on avoir autant d’amour pour chacun de ses enfants ? N’aura-t-on pas indéniablement un préféré ? Est-il possible de construire une relation saine et unique avec chacun d’eux ? De les aimer tels qu’ils sont ? J’ai souvent eu écho d’inquiétudes de futures mamans qui craignaient de ne pas aimer autant leur second enfant. Avant d’en faire moi-même l’expérience, je trouvais ce genre d’inquiétudes quelque peu superflu. Cela me semblait aller de soi. Pourtant, la relation avec le premier enfant peut être tellement exclusive que ce type d’appréhension est aussi naturel que passager. Ces questionnements ont probablement beaucoup à voir avec les bouleversements qu’engendrera l’arrivée d’un nouvel enfant dans la famille et les reconfigurations que cela impliquera.
Nous aimerions donner les mêmes chances à chacun de nos enfants. Même si nous savons pertinemment que nous ne pourrons pas tout reproduire à l’identique. Et c’est probablement mieux ainsi. A la naissance de nos filles, nous avions le souhait d’immortaliser leurs premiers moments de vie. Cela a été possible pour notre première, mais les circonstances ne s’y sont malheureusement pas prêtées pour notre seconde fille. Une déception pour les parents, ce moment unique faisant définitivement partie du passé. Se préoccuper de telles considérations peut paraître naïf. Peut-être bien. Cet événement aura au moins eu le mérite de nous rappeler une évidence : nos filles n’auront pas les mêmes souvenirs, les mêmes fêtes d’anniversaire, les mêmes cadeaux, les mêmes expériences de vie. Ce sont deux personnes à part entière qui évoluent dans un contexte de vie différent. Sans oublier de mentionner l’impact de leur place dans la fratrie. Ce qu’elles ont en commun : leurs parents et leur envie de faire de leur mieux pour le bien-être de leurs deux filles.
Entre l’arrivée du premier et du second enfant, on aura nous-mêmes évolué, on aura déjà vécu l’expérience de la maternité et de la parentalité, notre environnement de vie sera certainement différent. On ne vit pas une première grossesse de la même manière qu’une seconde, simplement du fait que l’on ne se trouve pas dans les mêmes configurations. La première grossesse, c’est une découverte au jour le jour. Idem pour le premier accouchement ; en dépit des cours de préparation, on ne sait pas trop ce qui nous attend, comment nous vivrons la naissance. Lorsque le premier enfant arrive enfin, tout tourne autour de ce dernier. On galère, on apprend, on s’émerveille. On apprend à prendre soin de ce petit être, on découvre les différentes étapes de son développement, on traverse des périodes de doute, de fatigue et de joie intenses. On devient parent, papa, maman, on passe d’une vie à deux à une vie à trois. A travers lui, on apprend beaucoup sur nous-même, on se confronte à notre histoire personnelle et familiale, à celle de notre conjoint, tout cela surgissant un peu de manière inopinée. Et on évolue dès lors au rythme des étapes de son enfant pour finir par trouver un nouvel équilibre.
Puis, un jour, on se dit que l’on aimerait bien agrandir la famille. Un beau projet, qui va toutefois ébranler quelque peu nos repères et notre équilibre à trois. Notre premier ne sera plus le centre de toute notre attention. Il ne sera plus le seul enfant, il deviendra l’aîné de la fratrie. Nous n’aurons plus une relation exclusive avec celui-ci. On se sentira peut-être parfois un peu mélancolique de ce temps-là, comme nous pouvons l’être en repensant au temps où il était encore un bébé. Un état propre à tout changement, à toute écriture d’une nouvelle page de notre vie. De même qu’il pourra nous paraître parfois difficile de ne plus avoir autant de temps à consacrer uniquement à son premier, on pourrait regretter que les moments en tête à tête ne se présentent pas plus fréquemment avec le second. Notre défi sera de faire en sorte de passer des moments privilégiés avec chacun de nos enfants, cela étant important autant au bien-être des parents que des enfants. On ne peut pas comparer ce qu’était notre vie avec un enfant unique de ce qu’elle sera avec plusieurs. Agrandir la famille donne l’impression à de nombreux parents d’atteindre une sorte d’équilibre familiale entre les parents et les enfants. Et c’est aussi mon sentiment. Les enfants, et en particulier le premier qui était habitué à avoir toute l’attention rien que pour lui, devront apprendre à partager leurs parents et leurs jouets, mais auront aussi de nouveaux partenaires de jeu, de chamailles et de confidences. Je souhaite à mes filles d’être à même de développer une belle complicité, d’être là l’une pour l’autre, d’être dans l’entraide plutôt que la compétition. Chacune est unique et leurs différences font leur particularité.
Un premier enfant, c’est la grande inconnue, c’est beaucoup de questionnements, de maladresse, beaucoup d’amour et de temps consacré à un petit être. Un deuxième enfant, c’est beaucoup d’amour et un peu moins de temps, plus d’expériences et de confiance en ses gestes. Je me suis remise plus vite de mon second accouchement, l’allaitement coule presque de soi alors que pour le premier les débuts m’ont demandé pas mal de persévérance. Le manque de sommeil me paraît, par contre, toujours aussi difficile. Quant aux pleurs, cela dépend de mon humeur, mais de manière générale ceux-ci ne me pèsent pas autant ; le fait d’être moins anxieux a certainement un effet apaisant sur bébé. Il est impossible de reproduire les mêmes choses pour nos enfants, mais même en faisant les choses différemment, nous les ferons avec beaucoup d’amour tout en s’adaptant à la particularité de chacun, ce qui est finalement notre rôle de parent. Et de l’amour, on en a à profusion.