J’ai passé une très bonne journée en ta compagnie, ma fille. Tu as déchiré les pages d’un magazine, froissé du papier, dormi contre maman dans le porte-bébé (eh oui ! de temps en temps, on aime bien toutes les deux cette proximité), mangé des légumes, tu t’es occupée avec tes jouets colorés, tu as mordillé ta célèbre girafe, tu as souri pendant que maman faisait quelques exercices (ben oui ! faut bien remuscler toute cette guimauve) ou se pomponnait (le minimum, mais ça fait du bien au moral de prendre un peu soin de soi et on se focalise peut-être ainsi moins sur les cernes qui s’installent gentiment…), oui, en ce moment tu m’accompagnes partout (tu n’aimes pas trop quand maman quitte la pièce), tu t’es retournée sur le ventre puis sur le dos et ainsi de suite avec assiduité pour attraper les objets qui te semblaient intéressants (comme ta sœur, tu es bien sur le dos pour observer les objets sous toutes leurs coutures, ramper, ce sera pour plus tard, on n’est pas pressés). Mais quelque chose semble te déranger depuis quelques jours sans que je parvienne à l’identifier. Alors que je pensais qu’à 6 mois tu ferais tes nuits, on a été un peu déconcertés quand tu as commencé à te réveiller toutes les 2h… Ça en fait des réveils. Et pourtant, tu semblais bien partie pour faire rapidement tes nuits. Tu te réveillais pour téter une ou deux fois par nuit et te rendormais aussitôt dans ton petit lit.
Pas toujours simple d’identifier la raison
On cherche alors une raison qui puisse expliquer ce brusque changement. Est-ce un pic de croissance ? Je remarque en effet que tu fais depuis quelques jours des jolis sons, « ba-ba », « da-da ». On lit souvent que l’acquisition de nouvelles compétences s’accompagne d’une phase difficile, bébé est plus grincheux que d’habitude, il dort moins bien, il pleure davantage. Mais tu pourrais aussi être en train de faire tes dents. J’essaie d’inspecter tes gencives, je vois bien que celle-ci est un peu enflammée, mais est-ce que cela te chicane vraiment autant ? Aurais-tu alors le nez bouché, tu fronces ton nez comme si des petites croûtes séchées te chatouillaient, je t’humidifie alors les narines avec un peu d’eau physiologique, ça ne peut en tout cas pas faire de mal. Il y a quelques semaines, on a commencé la diversification alimentaire. Tu ne te nourris plus seulement du lait de maman. Tu as d’abord découvert le goût des pommes et des poires, le temps de t’habituer à ce drôle d’objet qu’est la cuillère. Le léger goût sucré des fruits aide à se familiariser à cette nouvelle façon de manger. Puis, tu as découvert les légumes, et tu les aimes plutôt bien. Carottes, courges, fenouil, pomme de terre, et tu as même déjà mangé du poulet, tout semble te plaire. Mais tu te fatigues assez vite. Pas facile d’ouvrir la bouche, de déglutir, d’ouvrir la bouche à nouveau. C‘est en pinçant tes lèvres ou en tournant la tête que tu me fais comprendre que ça suffit pour aujourd’hui. Et tout ça, ça perturbe passablement ton système digestif. Normal, c’est le cas de tous les bébés. Tu as peut-être un peu mal au ventre, tu sembles un peu constipée et cet inconfort t’empêche peut-être de dormir sereinement. Ou serait-ce peut-être des troubles du sommeil ? Des mauvais rêves ou des terreurs nocturnes ?
Et si c’est un peu ou rien de tout cela, peut-être que tu ne sais pas te rendormir seule entre les différents cycles du sommeil. On se demande alors si on ne t’aurait pas donné de « mauvaises habitudes ». Un peu avant que nos nuits deviennent vraiment difficiles, tu as été bien grippée et tu as dormi sur nous, seule position où la toux ne t’empêchait pas de dormir. Cela a forcément perturbé tes habitudes de sommeil (mais cela n’est généralement l’affaire que de quelques jours pour que tout rentre dans l’ordre). Puis, nous sommes partis une semaine aux États-Unis, perturbant probablement ainsi de nouveau ton rythme à cause du jetlag.
Ah ! le sommeil de son enfant
La question du sommeil préoccupe beaucoup les parents. La qualité des nuits de notre enfant intéresse aussi beaucoup notre entourage. Quel parent n’a pas eu droit à la traditionnelle question : « Est-ce qu’il ou elle fait déjà ses nuits ? » Ben oui, le sommeil, c’est sacré pour les adultes que nous sommes. C’est bien entendu difficile de devoir se réveiller plusieurs fois par nuit pour répondre aux besoins d’un petit être alors qu’on n’a qu’une envie : dormir ! Dormir, c’est important, ça nous permet d’être opérationnel le lendemain, au travail ou à la maison avec les enfants. Et à moins d’une soirée festive en vue, c’est clairement l’aspect sur lequel on sera prêt à faire le moins de concessions et qui nous paraîtra le plus difficile avec l’arrivée d’un bébé. Du moins, ce l’est pour moi. Au début, tu as encore les ressources pour te réveiller à plusieurs reprises pendant la nuit. On dit que les hormones de l’allaitement aident à y faire face. Je ne sais pas ce qu’il en est vraiment, mais c’est vrai que je n’ai pas trop souffert de ces nombreuses nuits entrecoupées si je ne faisais pas, cependant, l’impasse sur le must-have du matin : une grande tasse de café (voire une deuxième dans l’après-midi). Et ça en fait des nuits quand on pense que ma fille a déjà 7 mois. Il y a un moment où on a besoin de retrouver un sommeil réparateur, où on n’a plus la patience des débuts, la fatigue s’accumulant. Il y a un temps où on aimerait retrouver nos soirées et nos nuits. C’est le moment d’apprendre à bébé à faire ses nuits. On se demande alors comment l’accompagner au mieux dans cet apprentissage.
0-6 mois : répondre à la demande aux besoins de bébé
- Bébé mange à toute heure du jour et de la nuit et adore être porté
Les trois premiers mois, ce n’est pas le moment pour entraîner bébé à faire ses nuits, les tétées nocturnes sont un besoin et il est important d’y répondre autant que bébé le demande. On ne s’inquiète pas non plus de trop porter bébé par crainte de créer de mauvaises habitudes ou une accoutumance. On se soucie juste de tout le bienfait qu’on lui prodigue ainsi et on profite de ces moments. Et tu t’es blottie dans de nombreux bras, ma fille. Ceux de maman et papa bien sûr, mais aussi ceux de ton abuela et de ton grand-papa.
Il est aussi important de répondre aux pleurs du nouveau-né, car il exprime un besoin, que celui-ci soit physiologique ou affectif, qu’il est fondamental de combler. Plus on attend pour réconforter bébé, plus celui-ci sera difficile à calmer, et cela ne lui donne pas non plus les meilleures dispositions à la construction de sa sécurité intérieure.
- Bébé a 6 mois et il est physiologiquement capable de ne plus se nourrir la nuit
L’enfant ne tète pas seulement pour assouvir sa faim, mais aussi pour se rassurer, d’où l’intérêt de lui proposer un autre moyen qui lui permettra de trouver le réconfort dont il aura parfois besoin la nuit, tel un doudou. Alors que je n’allaitais plus mon aînée à cet âge-là, j’ai eu plus de mal à supprimer le dernier boire de la nuit avec ma cadette (elle était plus frêle et sa courbe de croissance n’était pas régulière). Pourtant, il est bon de clarifier à bébé que la nuit on fait dodo et on mange en journée. La transition se fait aussi plus facilement si c’est le papa qui s’occupe de calmer bébé lors des réveils nocturnes. On dit que bébé sent le lait de sa maman et qu’il aura davantage de peine à se tranquilliser si celle-ci refuse de l’allaiter. Les choses se normalisent généralement assez rapidement d’autant plus lorsqu’on est convaincu de notre décision. Je remarque clairement que ma fille dort mieux depuis que je ne l’allaite plus la nuit.
- Bébé dort 5-6 heures d’affilée : super, il fait ses nuits (oui, oui)
Certains bébés feront leurs nuits à deux mois tandis que d’autres auront besoin d’un peu plus de temps. C’est ainsi. Il est aussi important de savoir que « faire ses nuits » pour un bébé signifie que ce dernier est capable de dormir 5-6 heures consécutives. Cela permet de mettre les choses en perspective. Le sommeil de bébé n’est pas le même que celui des adultes. Allaité ou nourri au biberon, cela aura aussi son influence.
- Rien n’est acquis pour autant, patience
Il y a toujours des phases plus difficiles qui peuvent ébranler les bonnes nuits de bébé. Les dents, les rhumes, les pics de croissance. Puis vient l’âge où mini-nous fait tout pour repousser l’heure du coucher, argumentant sans fin pour rester un peu plus longtemps avec papa et maman, c’est l’âge où la séparation devient difficile, l’âge où il y a tellement de découvertes à faire qu’il est difficile d’aller se coucher pour se retrouver tout seul dans son lit. Puis, vers 2 ans, ce seront les angoisses nocturnes. Vers 3-4 ans (bien que cela peut être le cas à quelques mois seulement), de nombreux enfants connaîtront des épisodes de terreurs nocturnes (généralement 1-2 heures après l’endormissement) ou des cauchemars (en seconde partie de nuit). Sans oublier qu’il y a toujours des retournements de situation : notre aînée a toujours bien dormi dans son lit et dans sa chambre, mais après une semaine de vacances, où elle a dormi avec papa ou maman, il est fort probable qu’on devra affronter une période de résistance lorsqu’elle devra à nouveau dormir seule dans son lit. De même lorsqu’un petit frère ou une petite sœur vient rejoindre la famille et peut, lui, dormir dans la même chambre que papa et maman. Mais il faut garder en tête que cela est toujours temporaire.
Laisser pleurer bébé ou pas : deux approches
En lien avec la question du sommeil de bébé, il y a deux grands courants : ceux qui sont pour laisser pleurer bébé pour qu’il apprenne au plus vite à se rendormir seul et ceux qui sont contre cette méthode parce qu’ils pensent que bébé a besoin de la présence de ses parents et qu’ils ne supportent pas d’entendre leur enfant crier et pleurer pendant de longues minutes. Les approches et les comportements face au sommeil de bébé fluctuent aussi beaucoup de pays en pays. En Allemagne, l’approche des 5-10-15 ou la version plus soft des 3-6-9 (la méthode Ferber, du nom du pédiatre qui a publié un ouvrage sur l’apprentissage du sommeil autonome en 1985, ouvrage rapidement devenu bestseller) n’est pas encouragée durant la première année de l’enfant. Bien que la méthode Ferber soit plus populaire dans d’autres pays dont mon pays d’origine, elle reste passablement remise en question depuis quelques années par de nombreux pédiatres et spécialistes du sommeil. La pratique du cododo (l’enfant partageant la même chambre que ses parents ou le même lit) est aussi très répandue en Allemagne et dans les pays nordiques.
- Laisser pleurer: la méthode Ferber en quelques mots
La méthode Ferber est la méthode d’apprentissage du sommeil mise au point par le pédiatre du même nom, devenu mondialement célèbre suite la publication de son best-seller “Solve your child’s sleep problems” paru en 1985. D’autres de ses confrères vantaient des préceptes similaires sur lesquels ils ont eux aussi forgé leur renommée. Cette approche, plus communément connue comme la méthode 5-10-15, préconise, selon un programme strict, de laisser son enfant s’endormir seul sans l’aide de ses parents après lui avoir exprimé notre amour et lui avoir souhaité une bonne nuit. Objectif louable, mais par quels moyens le Dr. Ferber nous propose-t-il de l’atteindre?
Si notre enfant devait nous appeler ou pleurer, on attendra 5 minutes avant d’aller le voir brièvement pour vérifier que « tout va bien », c’est-à-dire s’assurer que la cause des pleurs n’est pas en lien avec un problème de santé ou d’une couche souillée (l’aspect émotionnel n’étant pas pris en compte…) avant de quitter la chambre en lui adressant quelques mots du genre « tout va bien, tu peux t’endormir maintenant », puis on attendra 10 minutes avant d’intervenir par les mêmes mots mais sans entrer dans sa chambre, puis on attendra 15 minutes, etc. Le lendemain, on reproduira le même programme, mais en prolongeant la durée des pleurs de quelques minutes avant d’intervenir.
- Quelles contre-indications au laisser pleurer
Il suffirait d’une semaine de cet entraînement pour que l’enfant comprenne que pleurer ne fera pas venir ses parents à lui et qu’il arrête de s’entêter à pleurer pendant de longues minutes pour se rendormir paisiblement. S’il est si facile d’atteindre notre but, de retrouver enfin des nuits paisibles et sans réveils, pourquoi est-il alors si difficile d’appliquer cette méthode prétendument « miracle » ? Il faut préciser d’emblée que cette méthode fonctionne bien avec des bébés âgés de quelques mois qui se résignent facilement. Par contre, elle semble, au vu des recherches qui ont été menées, nettement moins effective avec des enfants plus âgés, qui pourront pleurer des heures si on les expose à un tel entraînement. Il faut aussi garder en tête que les troubles du sommeil (tels que terreurs nocturnes en première partie de nuit, mauvais rêves ou cauchemars en seconde) sont une réalité et la méthode des 5-10-15 n’est absolument pas indiquée dans ces cas de figure. Quel message transmettons-nous alors à notre enfant ? Que nous ne sommes pas disponibles pour lui pendant les heures de la nuit même s’il aurait besoin de réconfort pour calmer ses angoisses nocturnes ?
Si certains parents n’ont aucune peine à la mettre en pratique, car ils partagent les convictions à la base de cette méthode, d’autres n’y parviennent pas ou se demandent s’il est vraiment nécessaire de passer par un programme si rude pour apprendre à son enfant à faire ses nuits, à devenir autonome et acquérir cette confiance qui lui permettra de se rendormir sans papa ou maman, faculté que tout enfant acquerra un jour. Il est nécessaire de le souligner : nous pouvons apprendre à notre enfant à s’endormir seul et dans son lit sans avoir besoin de le laisser pleurer et crier.
La raison des pleurs
Les pleurs sont le seul moyen pour bébé de nous communiquer ses besoins. Ceux-ci peuvent dire donc beaucoup de choses : j’ai faim, j’ai soif, j’ai sommeil, j’ai mal, j’ai chaud, j’ai besoin d’être changé, je m’ennuie, j’ai peur, etc. Pas toujours facile alors de savoir ce que bébé veut nous dire. Avec le temps, on connaîtra mieux notre bébé et on parviendra à distinguer certains pleurs et donc ses besoins ; les pleurs de douleurs n’ont pas les mêmes intonations que des pleurs d’ennui.
La façon de nous comporter face aux pleurs et le sens qu’on leur attribue évoluent avec les époques et les courants de pensée. Il y a quelques décennies, on n’intervenait pas autant lorsqu’un bébé pleurait ; on le laissait se calmer par lui-même. Entre-temps, plusieurs études ont démontré qu’il est important de répondre aux pleurs de bébé, particulièrement lors des premiers mois de vie, et que cela a une incidence directe sur le développement de sa sécurité affective.
Cela ne veut pas dire qu’il ne faille jamais laisser pleurer bébé. Parfois, ce dernier a besoin de décharger des tensions émotionnelles par des pleurs comme d’autres s’endorment en blablatant un peu. J’ai aussi l’impression que, de nos jours, il est assez mal perçu de laisser un bébé pleurer sans intervenir. Je sentais du moins le regard réprobateur (ou était-ce ma propre culpabilité) lorsque je laissais ma fille pleurer un peu dans sa poussette pour qu’elle puisse trouver son sommeil.
Jusqu’à 6 mois, on recommande d’éviter de laisser pleurer bébé plus de 5-10 minutes sans intervenir, surtout s’il s’agit de cris ou de hurlements. Lorsque bébé est âgé de 6 mois, on peut attendre jusqu’à 20 minutes. Je ne suis cependant pas une adepte de la méthode des 5-10-15 min pour favoriser l’endormissement de bébé, même si celle-ci semble « efficace », elle me paraît bien trop radicale et absolument inadaptée à un nouveau-né. Il y a d’autres approches à envisager, d’où l’intérêt d’une consultation avec un thérapeute spécialisé dans le sommeil qui reprendra avec vous l’histoire de votre enfant depuis la grossesse. De plus, il ne faut pas recourir à de telles méthodes en cas de troubles du sommeil (terreurs nocturnes, cauchemars, angoisses, etc.).
Je ne dépasse jamais 5 minutes et uniquement si ce sont des pleurs légers. Dans les faits, j’attends généralement une ou deux minutes, puis je retourne rassurer ma fille avant de ressortir sans tarder. On a tous une sensibilité différente face aux pleurs de notre enfant. Opter pour un apprentissage du sommeil plus « accompagné » ne signifie pas pour autant que notre enfant sera éternellement un mauvais dormeur et qu’il ne sera jamais à même de s’endormir seul.
Les « mauvaises habitudes » : réalité ou fabulation ?
Si on parle d’« apprentissage », c’est parce que bien dormir s’apprend – bien que cela soit un point de vue également, car de nombreux auteurs affirment que le sommeil se met en place naturellement sans quelconque intervention de notre part – et que la manière dont on accompagne notre enfant dans cet apprentissage délicat aura des conséquences sur son sommeil. Les mauvaises habitudes sont vite installées et plus le temps passe, plus il est difficile de les changer sans une bonne dose de persévérance, car on se confrontera à des résistances de la part de notre enfant (rien de plus normal). Mais face à ces mauvaises habitudes que l’on craint d’introduire malgré nous, on en perd parfois toute spontanéité.
Faites confiance à votre intuition, les soi-disant mauvaises habitudes ne sont pas irréversibles, n’en faites pas une affaire d’État. Ne suivez pas au mot et les yeux fermés les modes d’emploi de certaines méthodes qui affirment détenir les clés pour que votre bébé devienne rapidement un bon dormeur quelle que soit la dureté de la méthode. Posez-vous des questions, prenez du recul, lisez le point de vue du camp adverse. Dans tous les cas, lorsque vous introduisez un changement, informez-en votre enfant, expliquez-lui la raison aux changements introduits et montrez-vous patients et compréhensifs (nous aussi, en tant qu’adultes, on a besoin de temps pour se faire à une nouvelle habitude !).
En ce qui nous concerne l’apprentissage du sommeil se fera progressivement. Notre fille est visiblement sujette à certains troubles du sommeil (terreurs nocturnes, mauvais rêves, angoisses). Cela impliquera des nuits difficiles, de la patience, de la frustration et de la fatigue (des rotations avec le papa voire une nuit ou deux sur le canapé pour ceux qui partagent la chambre avec bébé permet de reprendre des forces). Notre fille a souvent eu besoin de notre main pour retrouver le sommeil durant la nuit (parfois une seule fois, parfois deux, parfois plus) ; pouvons-nous qualifier cela comme l’introduction d’une mauvaise habitude ? Peut-être, mais est-ce que donner une tétine (dont n’est pas du tout fan notre cadette) à son enfant la nuit n’est-il pas également une mauvaise habitude, celui-ci ne pouvant pas se rendormir (et s’endormir) sans sa tétine, appelant ses parents quand il ne la retrouve pas dans son lit ?
Idéalement, il faudrait éviter d’associer l’endormissement à un objet ou un comportement particulier pour deux raisons. D’une part, l’enfant ne pourra pas s’endormir autrement (c’est-à-dire avec sa tétine, un biberon, le doigt de ses parents, etc.) et, d’autre part, il risquera de se sentir perdu lorsqu’il se réveillera la nuit et qu’il ne retrouvera pas les mêmes conditions d’endormissement sans devoir faire appel à ses parents (bien que cela ne soit pas nécessairement le cas).
Introduire de nouvelles habitudes
Afin d’éviter de nous épuiser en cumulant les nuits chaotiques et sans sommeil, on essaie d’inculper de nouvelles habitudes de sommeil à notre bébé en journée. C’est ce que j’ai fait. J’ai essayé, je me suis confrontée à une nette opposition, des pleurs intenses, des pleurs de détresse (qui nous ont marquées toutes les deux), j’ai tenu deux jours et j’ai laissé tomber… Je ne suis pas toujours aussi peu persévérante ! Après une interruption de quelques semaines, j’ai décidé de retenter l’expérience et de faire les choses étape par étape. J’ai bouleversé tout mon rythme pour que ma fille (alors âgée de 10 mois) puisse faire la sieste de l’après-midi à la maison, dans son lit. Je lui mets sa gigoteuse, je lui explique que c’est l’heure de la sieste, je lui donne un doudou (même si elle ne semble pas encore avoir d’attachement particulier à son égard, raison pour laquelle j’ai dormi plusieurs nuits ainsi que sa grande sœur avec son jumeau afin qu’il s’imprègne de nos odeurs) et je la dépose dans son lit. Pour l’instant, je suis encore à ses côtés pendant la phase d’endormissement. Si elle ne trouve pas son sommeil tout de suite, mais qu’elle est calme, je la laisse un moment seule, et je reviens la voir si elle s’agite. Il est important de prendre en compte les phases du développement de notre enfant lorsque l’on introduit de nouvelles habitudes. Par exemple, l’angoisse du huitième mois, où l’enfant pleure lorsqu’il ne voit plus sa maman.
Et si cela ne devait pas marcher, n’en faites pas toute une montagne, votre bébé ne serait pas le premier à faire ses siestes en poussette ou porté en écharpe. Notre cadette boude son lit en journée, mais s’y endort sans difficultés le soir. Elle a visiblement associé la sieste dans son lit à un mauvais moment sans que je puisse me l’expliquer. Elle fait par contre ses siestes dans sa poussette à la maison et dans son lit à la crèche. Est-ce que cela est dû au lit, aux éducateurs, aux autres enfants présents dans la pièce, on ne saura jamais vraiment le dire.
Et si nous restions zen
Certes, il y a différentes approches en lien avec l’apprentissage du sommeil qui ne vantent pas les mêmes préceptes. Quelques conseils me semblent tout de même bons à considérer pour amener bébé à faire ses nuits. Je suis la première à constater que j’ai peut-être inculpé (ou pas) de “mauvaises habitudes” à mon bébé#2. Pas besoin d’en faire tout un plat pour autant et de se culpabiliser d’avoir mal fait. On a donné de l’amour à notre bébé et on a fait de notre mieux en fonction de notre situation personnelle et de nos convictions, on a très bien fait.
Pas de panique non plus si les choses ne se passent pas exactement comme décrites dans les livres, il est assez facile de “corriger le tir” et d’inculper de nouvelles habitudes à notre bébé. Il faudra toutefois se montrer cohérent et persévérant pendant quelques jours, mais il faudra surtout être convaincu du bien-fondé de ces nouvelles habitudes et partager le même point de vue avec son conjoint, histoire d’être uni et soudé tout au long de ce chemin parfois frustrant menant notre enfant vers de bonnes nuits. N’oublions pas non plus que chaque enfant est différent et que certains ont peut-être simplement besoin de davantage de temps, sans que cela ne soit anormal. Certains enfants sont sujets à des troubles du sommeil et on n’y peut rien. Restons à l’écoute, il y a souvent une bonne raison, même si elle ne s’impose pas toujours tout de suite à nous.
- Poser bébé dans son lit quand il est encore éveillé.
Bien qu’en ce qui nous concerne, on est toujours restés auprès de nos enfants pendant l’endormissement jusqu’à ce que ceux-ci nous disent qu’ils se sentaient prêts à s’endormir seuls. Alors oui, pas toujours pratique si ceux-ci ne s’endorment pas tout de suite, mais malgré l’idée reçue, cela n’a pas engendré des appels à chaque cycle pendant la nuit. Ce n’a jamais été le cas pour notre aînée et pour notre cadette, le fait que l’on reste à ses côtés pendant la mise au lit, a réduit le nombre d’appels pendant la nuit… - ne pas intervenir tout de suite quand celui-ci pleurniche un peu, au risque de perturber tout le processus d’endormissement de notre bébé en apportant de nouvelles stimulations (certains bébés ont besoin de pleurer un peu pour décharger les tensions de la journée et intervenir continuellement n’aide pas non plus notre enfant à apprendre à compter sur ses propres ressources),
- ne pas le reprendre tout de suite dans les bras mais plutôt privilégier caresses ou une main posée sur son torse pour le rassurer,
- éviter de trop lui parler,
- quitter la chambre d’un pas décidé,
- avoir un rituel d’une durée de 10-15 minutes, toujours le même, pour préparer bébé au coucher (débarbouiller visage-mains-pieds, mettre le pyjama, la gigoteuse, une petite berceuse ou une histoire, faire un bisou au reste de la famille, un gros câlin et dodo ; ceci n’est qu’un exemple, à chacun de trouver celui qui lui convient, en évitant toutefois d’y associer mise au sein ou biberon).
Parfois les choses reviennent d’elles-mêmes à la normale. Parfois, un pic de croissance vient bouleverser le sommeil de bébé, parfois on passe par le pire pour aller vers le mieux, de plus longues nuits tant attendues. Allez, prenons un peu de recul et relativisons. Avec un peu de patience, tout cela appartiendra bientôt au passé. Et n’oublions pas de féliciter notre bébé quand il a bien dormi, même si cela n’était pas parfait, il est bon pour nous, comme pour lui, de valoriser les petits pas vers le mieux.
Quelques suggestions de lecture
- Anne Bacus, « Le sommeil de votre enfant – Tout comprendre et surmonter les troubles du sommeil », Paris : Marabout, 2004.
Cet ouvrage a été mon ouvrage de référence lors de mes premiers questionnements en lien avec le sommeil de l’enfant, mais pas forcément celui que je mettrai entre les mains de nouveaux parents. Je trouve certains chapitres très aidants et intéressants à considérer dans l’apprentissage du sommeil de notre enfant, d’autres incomplets, survolant certains aspects importants en lien avec le fonctionnement du sommeil et des différents troubles du sommeil.
L’auteure est clairement en faveur de la méthode Ferber et donc du laisser pleurer. De son point de vue, bébé est en mesure de s’endormir seul dès qu’il est âgé de 3-4 mois même si cela implique des pleurs prolongés. Elle déconseille toutefois cette méthode jusqu’à ce que l’enfant soit âgé de 6 mois si les pleurs excèdent 10 minutes. Elle conseille d’habituer progressivement son enfant à s’endormir seul dans son lit entre 3-4 et 6 mois. Par contre, si à 6 mois l’enfant ne fait pas ses nuits, elle encourage les parents à se montrer « courageux » et à appliquer la méthode des 5-10-15 ; c’est principalement sur ce point où je suis en désaccord avec l’auteure.
- Dr. Harvey Karp, « The Happiest Baby Guide on the Block »
Les ouvrages du Dr. Karp présentent une approche « gentle » en donnant des techniques pour calmer les pleurs des nouveaux-nés. Il est en effet fortement déconseillé de laisser pleurer un enfant de moins de 3 mois. Cependant, les pleurs de bébé peuvent mettre rudement à mal les nerfs des parents si on ne parvient pas à le calmer et donner suite à des évènements dramatiques (comme secouer un bébé pour qu’il cesse de pleurer).
- Dr. Hetty van de Rijt et Dr. Frans X. Plooij, « Le grand livre du développement de bébé : les 10 semaines miracles des 20 premiers mois de votre bébé, ses progrès fulgurants et toutes les clés pour l’accompagner à chaque étape »