Que de moments de rire et de tendresse

J’ai visionné la vidéo d’une youtubeuse américaine, Esther Anderson, qui a voulu illustrer la journée d’une maman sous un angle différent, sous celui des enfants (voir la vidéo intitulée « A normal day »). Comme parent, on a plus souvent tendance à relater les moments épuisants de la journée plutôt que les moments de rire et de tendresse échangés avec nos enfants (ou une tendance humaine bien répandue à partir du négatif pour aller vers le positif). C’est vrai que ceux-ci peuvent nous faire quelques fois tourner en bourrique et qu’il n’est pas toujours facile de rester zen. Toutefois, la journée avec mini-nous est ponctuée de nombreux moments de complicité dont il serait bon de souligner et surtout de se souvenir (car c’est fou comme ils grandissent vite et comme notre mémoire nous joue vite des tours !). J’ai trouvé le regard de cette youtubeuse intéressant. En effet, tous les moments de complicité que nous échangeons avec nos enfants ont un impact indéniable sur leur développement et la construction de leur sécurité affective. Et nous en partageons quantité avec nos enfants. En attendant l’âge où ma fille pourra nous exprimer plus concrètement ses impressions, j’ai eu envie de faire le récit de tous les beaux moments que j’ai échangés avec elle. Et la liste est longue. Petite sélection en espérant que cela fera ressurgir chez vous tous ces moments de joie, de tendresse et d’émerveillement échangés avec vos petits bouts.

J’ai souvent ri avec ma fille au cours de ces journées en duo qui pouvaient me paraître parfois bien longues. Il me vient à l’esprit la fois où on était dans le tram et qu’elle mordillait énergiquement sa girafe Sophie dans son landau, faisant des mimiques à faire rire même les autres passagers.

Je fonds quand elle me fait un câlin, un « hug », comme on dit chez nous. Dernièrement, étant de corvée balayage autour de la maison, elle m’observait, du haut de ses 17 mois, depuis la terrasse et m’interpellait par des « mama » pour me faire des bisous à travers les barreaux de la balustrade (comment ne pas craquer?!).

J’essaie de l’accompagner au mieux dans ses découvertes et de l’encourager quoi qu’il arrive. La place de jeux, c’est lors de la visite de sa marraine qu’elle s’y est amusée comme une petite folle. On a tellement ri à faire le tour des places de jeux, de leurs toboggans, balançoires et bacs à sable. Vidéos à l’appui, rires aux éclats, c’était une petite fille comblée ce jour-là ! Maman, de son côté, se rend toujours vaillamment à la place de jeux, malgré son côté pétochard, elle prend sur elle pour le bien de sa fille, avec quelques hauts le cœur toutefois lorsque celle-ci se montre un peu trop téméraire.

Je me souviens cette fois où on était tous les trois, avec son papa, dans sa chambre à feuilleter son joli livre sur les animaux et qu’on lui demandait où se trouvait tel animal sur la double-page devant nous, applaudissant à chaque fois qu’elle montrait l’animal correspondant, elle rayonnait et s’applaudissait même à son tour. Un vrai rayon de soleil ! On a longtemps exercé les cris des animaux. Ils faisaient, au départ, tous « wouah wouah » puis se sont gentiment diversifiés. Les chiens, c’était d’ailleurs longtemps une véritable obsession ; dès qu’elle en apercevait un en ville, elle faisait « wouah wouah » en pointant du doigt, faisant tourner les têtes des gens autour de nous ! Depuis, tout ce qui a des pattes rencontre un succès certain.

Certaines périodes sont, évidemment, plus épuisantes. Mais je me surprends souvent à ressentir de la mélancolie face à ces différentes étapes qui font maintenant partie du passé, quand je croise des mamans promenant leur nouveau-né. Comme de nombreux parents en font l’expérience, c’est en poussette que ma fille dormait le mieux en journée et à 10h pile il fallait se mettre en route au risque de devoir me confronter à ses pleurs de fatigue. Et la météo des premiers mois de vie de notre puce était plutôt humide. Même si j’aurais parfois préféré rester au chaud, j’ai de bons souvenirs de tous ces kilomètres parcourus en poussette avec ma fille. De la regarder paisiblement endormie dans son landau. D’étudier et de bouquiner pendant ce temps sur un banc.

Je me rappelle l’achat de son doudou ensemble. Elle a choisi celui qu’elle voulait et depuis elle ne s’en sépare plus, c’est son plus fidèle compagnon lorsqu’elle a besoin de réconfort ; il l’accompagne partout, en poussette, en remorque, au lit, à la crèche, en voyage. C’est un petit écureuil dans les tons jaunes et violets qui se prénomme Doudou (en Allemagne, je vous promets que ça fait tout son effet !). Quand elle cherche son sommeil, elle le place sur ses yeux pour se protéger de la lumière. Et quand on retourne au magasin où on l’a acheté, elle le reconnaît bien entendu dans les rayons et les prend tous dans ses bras. Elle le « maltraite » parfois, en le jetant sans ménagement de sa poussette ; il a même fini une fois dans la rivière, heureusement son papa a pu de justesse le sauver, mais c’était moins une pour que ce dernier finisse à son tour trempé. Le courageux papa, toujours là pour voler au secours de sa fille, a même été applaudi par des promeneurs ! Et il y a aussi les recherches de Doudou à travers l’appartement où tous, y compris Mademoiselle E., crient son nom à tue-tête jusqu’à ce que nous tombions nez à nez sur lui, au grand soulagement de tous. Et c’est là que je me dis que c’était plutôt malin d’en avoir acheté quatre exemplaires… surtout que celui-ci ne fait depuis plus partie de l’assortiment. Mais Doudou étant trimballé partout, deux sont déjà portés disparus… Heureusement qu’il y a ebay ! Deux remplaçants vont bientôt rejoindre le clan.

On fait souvent du shopping entre filles. Vous vous doutez bien que les magasins sont des lieux hautement attractifs pour une petite fille, qui s’empresse de s’engouffrer dans tous les rayons et de toucher à tout ce qui est à sa hauteur. Elle se cache dans les rayons, sous les habits s’il y a une petite place pour elle ou dans un espace vide entre les piles de paquets de couches. Avec son petit air malicieux. Ou alors elle place l’air de rien quelques gourmandises dans le panier, toujours un tantinet taquine. Les choses se compliquent encore un peu plus quand il est temps de rentrer à la maison et qu’il faut replacer Mademoiselle dans sa poussette qui s’y opposera vigoureusement après m’avoir clairement fait comprendre qu’elle n’avait pas l’intention d’y aller par un « nein, nein » accentué à l’aide de son petit index et de s’enfuir en courant, faisant rire les clients observant la scène quand je lui réponds : « Comment ça, nein nein ? ». En attendant que Mademoiselle soit plus raisonnable et se contente de pousser son petit caddie, je fais en sorte de faire les courses seule ou le week-end avec le papa en renfort.

Mademoiselle E. adore la musique, sans distinction de styles. Tout a commencé avec le petit piano offert par son tonton alors qu’elle ne marchait pas encore mais qu’elle prenait appui sur le canapé pour pouvoir bouger en rythme. Depuis, elle est toujours partante pour dégourdir ses gambettes. Et tout le monde est prié de participer. Ce serait triste autrement. Aucun moyen d’y échapper en restant assis dans son coin ; Mademoiselle fera en sorte que vous rejoigniez la piste de danse en vous tirant par le bras. C’est une petite fille plutôt sensible qui n’aime pas laisser les gens à l’écart. De même, si on lit un livre ensemble, elle en apportera un à chaque personne présente dans la salle. Il en va de même pour les becs ; personne n’est en reste : chacun recevra son bisou ou, pour être plus juste, devra lui en faire un. Il suffit de prononcer les mots « The wheels on the bus » pour qu’elle vous mène à l’ordinateur afin d’en faire surgir les notes et commencer à tournoyer sur elle-même, taper des pieds, tapoter dans ses mains. Elle rayonne de bonheur quand, une main tenant celle de papa et l’autre celle de maman, on fait des rondes au milieu du salon. Depuis toute petite, les comptines résonnent en arrière-fond. Une occasion aussi de chanter en famille et de mettre de côté nos complexes ; nos fausses notes lui sont bien égales.

Notre fille a manifesté assez tôt un intérêt pour le langage. Un moyen peu astreignant et rigolo pour supporter celui-ci, ce sont justement les comptines. Non seulement elles nous mettent du baume au cœur et nous rappellent notre enfance, mais elles sont également l’occasion de passer de bons moments avec notre enfant, tout en musique. Et des comptines, il y en a pour tous les goûts. L’enfant les rattachera à un moment de partage avec maman ou papa et vous demandera de les chantonner encore et encore, y participera en récitant un mot, puis deux, puis trois, puis des phrases entières. Vous le surprendrez à chantonner ses comptines préférées de son côté. A la maison, mais aussi à l’extérieur. Notre puce chantonne sans arrêt, à la maison, à la crèche, dans sa remorque, en marchant. Et se réjouit quand vous unissez vos canons. En ce moment, du haut de ses 21 mois, elle parvient à réciter « Frère Jacques », mélodie qui parle à tout un chacun, quelle que soit la langue dans laquelle elle est chantée. Elle a (visiblement) aussi un penchant pour la country (au grand dam de son papa) et chantonne « Old McDonald had a farm, e-i-e-i-o ; And on his farm he had a cow, e-i-e-i-o ; With a moo moo here, and a moo moo there ; Here a moo, there a moo ; Everywhere a moo moo ; [et on reprend !] »

Mademoiselle va bientôt fêter ses 2 ans et les cadeaux, elle adore, alors quand ses grands-parents sont venus lui rendre visite y a quelques semaines et qu’ils sont arrivés les bras plein de petits paquets, Mademoiselle était aux anges. Pour prolonger les festivités, sa grand-maman avait déposé les cadeaux à la cave. Mademoiselle a vite compris que quand mamie s’absentait quelques minutes, elle reviendrait avec un petit paquet à son attention. Mais toute bonne chose a une fin, celle-ci a été quelque peu amère et quelques larmes ont coulé. Le lendemain, pleine d’espoir, elle m’apporte mes chaussures en me disant « cadeau » en me montrant la porte. Cette attirance pour les cadeaux persiste et c’est de sa petite voix toute craquante qu’elle me demande : « Mama, cadeau bitte. » Comment ne pas résister ! Alors quand Saint-Nicolas est venu à la crèche apporter un petit paquet à chaque enfant, Mademoiselle a été de suite conquise et a même serré la main de celui-ci, elle qui se montre parfois un peu timide quand elle ne connaît pas les gens, ce monsieur vêtu de sa tunique, sa cape, sa mitre (enfin son bonnet, car il avait davantage des allures de père Noël), sa barbe et muni de sa hotte pleine de petits paquets a fait tout son effet. Et depuis, il n’y a pas un jour où elle ne nous parle pas de Saint-Nicolas, dont elle aime admirer le portrait dans ses livres. Par la même occasion, elle a découvert le goût du chocolat… « Mmmh lecker », comme elle dit tout innocemment. Depuis, difficile de passer comme si de rien n’était devant le rayon chocolat…

Le matin pour le petit-déjeuner, Miss E. a droit à son bol de muesli, comme son papa. Maman suit également le mouvement, mais à la seule condition que quelques carrés de chocolat se joignent aux céréales. Avec le temps, Mademoiselle a découvert les pépites de chocolat dans le bol de maman et depuis ce n’est plus possible sans. Entre le fromage et le chocolat, il semblerait bien que les origines suisses de Mademoiselle s’affirment de jour en jour !

Frida, la tortue à tirer, reprend du service trente ans plus tard. Ma maman a gardé toutes ces années durant quelques jouets de notre enfance et je l’en remercie. Cette tortue était carrément tendance à l’époque – quelle n’a pas été ma surprise quand j’ai découvert qu’une amie avait elle aussi hérité de cette fameuse tortue. C’est plutôt chouette de voir sa propre fille s’amuser avec des jouets avec lesquels nous avons nous-mêmes joué enfants.

Depuis que nous sommes devenus parents, notre café préféré, comme cela est le cas de nombreux parents ici, est bien entendu le café-kiosque du parc du centre-ville (Stadtgarten), le Café Marcel. Les parents peuvent déguster un café et un croissant pendant que bébé fait des galipettes sur une couverture étendue sur l’herbe bordant le kiosque ou prendre place sur une chaise longue pendant que mini-nous se dégourdit les jambes. Je ne peux compter le nombre d’heures passées là-bas en compagnie d’autres mamans à papoter de tout et de rien en compagnie de nos bébés. Tellement de beaux souvenirs de cet été 2016. Les choses sont quelque peu différentes depuis que nos bébés marchent et courent partout. Heureusement que le café propose des viennoiseries dont raffolent nos mini-nous. Oui, ce n’est pas l’encas le plus sain, mais cela nous donne quelques minutes de répit pour boire notre dose de caféine avant d’aller rejoindre balançoire, toboggan et bac à sable. Et Mademoiselle a bien enregistré le nom du café dont la mascotte est un chien. Tous les week-ends, ou presque, on y fait un détour avec son papa et si cela n’était pas dans nos plans, Mademoiselle nous exprimera son souhait d’aller à Marcel en précisant : « Mama, café, papa, café, E. pain ».

Je pourrais encore citer la fois où elle a fait un bisou à l’homme de l’affiche grandeur nature d’un magasin d’électronique ; les trajets en tram ou les promenades en ville, quand elle dit « hallo » et « tschüss » de sa petite main aux passagers ou passants qui, pour la plupart, craquent et échangent avec elle quelques mots, m’obligeant à desserrer à mon tour les dents et à dévoiler mon joli accent français ; la serviabilité de ma fille qui ne se fait pas prier pour aider maman avec les tâches ménagères, même si ce n’est pas particulièrement aidant, c’est mignon, ou lorsqu’elle va chercher, chaque matin, les habits de son papa une fois sa douche terminée ; les fois où elle vient s’asseoir sur mes genoux pour qu’on lise un livre ensemble ou quand elle me donne la main pour qu’on aille ensemble quelque part ou qu’elle acquiesce une de mes propositions par un « ja », ce qui contraste avec la succession des « nein » d’il y a quelques mois, je fonds comme neige au soleil ; les fois où on était assis tous les trois sur le parquet de la cuisine et qu’elle allait de l’un à l’autre pour nous faire des hugs ; quand elle va partir à la crèche en remorque avec son papa et qu’elle vient me faire un bisou, puis agite sa petite main en me disant « ciao ciao mama » ; quand elle me sait triste et qu’elle m’apporte son nounours en réconfort ; ou encore après la sieste ou le matin, quand un doux « maman » ou « papa » résonne, je succombe dans la seconde et accours dans sa chambre pour retrouver une petite fille pétillante et malicieuse en train de faire des singeries dans son lit : ma fille, quoi. J’ai beaucoup de mal à mettre un point final à mon énumération, à chaque fois un souvenir supplémentaire surgit dans mon esprit. Cela vaut vraiment la peine de les mettre par écrit, car on les oublie vite, ces jolis moments. Je vous laisse le soin d’établir votre liste personnelle, de jolies histoires à raconter à vos petits loups dans quelques années.

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