Vive le portage

La petite dernière a déjà 7 mois – que le temps passe vite ! C’est mon deuxième enfant, ma deuxième fille. Et bien qu’il y ait l’assurance en plus, ce sont deux expériences bien différentes de la maternité. Non seulement parce qu’elles ont chacune leur propre caractère et se développent chacune à leur rythme, mais aussi parce que s’occuper d’un enfant ou de deux en même temps, ça change la donne. Avec l’aîné, on vit beaucoup de premières fois, on découvre la parentalité, on devient une famille, un sacré bouleversement pour soi-même et le couple. Tout semble pour un temps tourner autour de bébé, et c’est très bien ainsi. On aura assez vite le temps de reprendre nos activités d’avant bébé, pour le moment un petit être a besoin de toute notre attention. On partage de nombreux moments à trois. Avec le second, il y a aussi des premières fois, car chaque enfant a des besoins spécifiques. Mais on apprend avant tout à jongler entre les besoins de l’un et de l’autre. Pour un temps, il semblerait que papa et maman ne peuvent faire autrement que de se répartir les tâches, un prendra davantage soin de l’aîné et l’autre du petit dernier. Alors qu’avant on avait deux mains – bien que parfois hésitantes – pour répondre aux besoins d’un bébé, on a maintenant deux enfants et toujours nos deux seules mains – bien que celles-ci soient plus assurées. Et selon l’âge des enfants et l’écart entre ces derniers, cet état de fait peut donner quelques sueurs et quelques cernes. Alors forcément, il vaut la peine de trouver des astuces pour alléger un peu notre quotidien de parent. Avoir deux mains libres peut s’avérer très pratique ; le porte-bébé semble alors la solution idéale. Quoi de plus malin que d’avoir dans sa poussette un porte-bébé qu’il suffit de sortir, d’un tour de main, lorsque le besoin s’en fait sentir.

Les vertus du portage

Tout d’abord, il est important de souligner qu’il est bénéfique de porter souvent son enfant et que l’on ne devrait pas s’en priver par crainte de créer une dépendance ou de ne pas le rendre autonome. Une inquiétude a ne pas avoir, car cela ne sera aucunement le cas. Pensez plutôt à tous les bénéfices que vous offrez à votre bébé en le portant.

Le portage a de nombreuses vertus. Pour n’en citer que quelques-unes, il favoriserait

  • une meilleure digestion du fait de la position verticale induite par le portage,
  • le sommeil, le bébé discriminant plus facilement les bruits environnants,
  • le développement cognitif et psychomoteur (si le portage est physiologique) de l’enfant,
  • l’attachement entre l’enfant et le parent,
  • il préviendrait le phénomène de la tête plate.

Le contact physique est fondamental au bon développement et au bien-être de l’enfant. Celui-ci permet un attachement sain avec ses parents ou la figure maternante, essentiel à la construction de sa sécurité affective. Se sentir sécurisé est vital au bon développement du bébé. La proximité que procure le portage permet au bébé d’être en contact visuel avec le parent, de sentir son odeur et d’entendre les battements de son cœur. En plus de la position fœtale que favorise le portage, ces différents éléments lui rappellent les conditions de son environnement intra-utérin, ce qui a un effet apaisant sur bébé durant les premières semaines de vie.

John Bowlby et la théorie de l’attachement

Ce personnage incontournable se trouve à l’origine d’une théorie fondamentale en psychologie du développement : la théorie de l’attachement (1958). John Bowlby, psychologue et psychanalyste anglais né en 1907, a démontré que le bébé ne cherche pas le contact dans le seul but de satisfaire sa faim, mais également pour répondre à ses besoins affectifs.

Bowlby réforme les théories psychologiques de l’époque pour lesquelles les besoins affectifs ne se manifesteraient que bien plus tard. Pour Bowlby, au contraire, les besoins d’affection sont un besoin primaire et aussi essentiel au bon développement de l’enfant que celui de nourriture. L’attachement serait alors un besoin inné devant assurer la survie de l’espèce. Bowlby cite plusieurs facultés innées qui permettent à l’enfant de s’attacher à la mère (biologique ou non) : téter, pleurer, s’accrocher, sourire, suivre du regard. C’est tout d’abord en pleurant qu’il exprime ses besoins biologiques et émotionnels.

Le bon développement social et émotionnel de l’enfant est étroitement lié à la relation d’attachement créée avec la personne qui prend soin de lui lors de ses premiers mois de vie. Plus celle-ci est harmonieuse, plus l’enfant vivra les séparations ultérieures avec facilité et se sentira confiant pour « explorer le monde », car il aura une personne de confiance vers qui se tourner en cas de besoin. Avec le temps, le bébé intégrera les réactions de la figure d’attachement à ses demandes et développera un modèle sécure ou insécure. Il est important de noter qu’une fois le modèle en place, il est difficile de le changer. Plus tard, Mary Ainsworth complétera la théorie de Bowlby avec les notions d’attachement sécure et insécure au nombre de quatre (attachement sécure, attachement anxieux-évitant, attachement anxieux-ambivalent, attachement désorganisé).

Une première fois

Je n’avais aucune expérience du portage avec mon aînée. J’avais essayé, mais pas franchement à l’aise, j’avais vite renoncé. Le papa la portait régulièrement en écharpe pendant les premières semaines. Puis elle était bien en poussette et j’ai laissé toutes ces questions de portage à d’autres mamans et me suis débrouillée avec ma poussette et mes biceps – qui se sont joliment développés dit en passant, le périnée a lui un peu plus trinqué, mais un peu de musculation et ce n’était plus qu’un mauvais souvenir – lorsqu’elle s’y opposait vigoureusement ou qu’elle était inconfortable. Avec un deuxième, j’ai pensé qu’il serait judicieux de reconsidérer la question. D’autant plus quand l’aînée est en pleine phase du « terrible two », si importante au développement de l’enfant et parfois bien éprouvante pour les parents. Quelques confrontations qui surviennent sans crier gare nous rappellent que cette phase n’est pas encore révolue. En fin de grossesse, j’ai visionné passablement de vidéos sur la toile. Les conseils d’une amie m’ont également été très utiles. J’avais donc une idée plus claire de la question lorsque ma fille est née et j’étais partiellement équipée. 

L’embarras du choix

Sling, mei tai, manduca, écharpe et les hybrides, ce n’est pas le choix qui manque ! Le portage est devenu tellement répandu que cela semble aller de soi. Pourtant, ce n’est pas le cas et il est important de porter son enfant correctement au risque d’en diminuer grandement les bénéfices voire de causer du tort à son bébé ! On m’avait recommandé un cours. J’ai longuement hésité me disant que le portage ne devait pas être aussi sorcier que cela et que je m’en sortirais certainement seule avec l’aide du mode d’emploi. Et pourtant, on a beau lire attentivement les instructions et avoir toute la volonté du monde de faire les choses comme il faut, on ne se rend pas toujours compte de nos erreurs de portage. Comme souvent, un regard extérieur est souvent plus avisé et permet de nous corriger à temps. Mes amies confirmées m’ont permis d’attirer mon attention sur quelques aspects importants à considérer en matière de portage pour que celui-ci soit physiologique et optimal pour bébé et le porteur. Et bien que je me sois passablement penchée sur la question, j’ai parfois encore des doutes.

Quelques points sur lesquels être attentif

Dos bien arrondi – genoux repliés : Il est important que le bébé ait le dos arrondi et les genoux pliés et légèrement remontés pour être assis comme dans une cuvette (tout particulièrement quand il est encore petit).

A la hauteur de bisou : Bébé doit être porté suffisamment haut pour qu’on puisse lui faire des bisous sans devoir trop se pencher.

Soutenir la nuque : Il est indispensable de soutenir la nuque de bébé non seulement quand il n’est pas encore à même de tenir sa tête seul, mais également quand cela est le cas mais que bébé est assoupi.

Ne pas trop serrer bébé !

Suffisamment oxygéné : Il faut aussi veiller à ce que bébé reçoive suffisamment d’air. Il est recommandé de ne pas couvrir la tête de bébé quand il dort même si la plupart des porte-bébé disposent de cette fonction avec un pan à rabattre. Il est alors préférable de ne le fermer que d’un seul côté pour que bébé soit bien oxygéné.

Éviter de porter bébé vers l’avant : Cette position n’est pas conseillée même si certains porte-bébé le permettent. Celle-ci n’est pas optimale, d’une part, pour les hanches de l’enfant qui se trouvent ainsi dans une position peu naturelle et, d’autre part, cela ne permet pas à ce dernier de se retirer de tous les inputs du monde qui l’entoure. Même si ce dernier semble curieux et content de pouvoir observer son environnement, il est important qu’il ait la possibilité de s’en détourner lorsque cela devient trop oppressant pour lui. Il faut se rappeler que le traitement des informations est difficile à gérer pour son petit cerveau. Pour les bébés et jeunes enfants qui aimeraient se confronter davantage avec le monde extérieur, les spécialistes recommandent le portage dorsal. 

Mon expérience

Même si l’offre des porte-bébé est large, la qualité est très variable et certains sont très loin d’être adaptés aux nouveaux-nés (prudence donc lorsque vous ferez votre choix). Avec un nouveau-né, j’ai trouvé le sling ou l’écharpe en élasthanne particulièrement adaptés et faciles d’utilisation. J’avais l’impression que bébé y était comme dans un cocon. Le sling n’est pas un portage à privilégier pour une période prolongée, le poids du bébé n’étant réparti que sur une épaule. De plus, le tissu se desserre assez facilement, devant être assez régulièrement ajusté. Pour ce type de portage, il est très important de veiller à la position physiologique du bébé, également pour garantir une assise sécuritaire. Le sling est aussi un type de portage à considérer lorsque l’enfant est plus âgé et veut se sentir plus libre de voir ce qui l’entoure ; on peut le porter ainsi sur le côté.

Craignant pour le côté moins pratique de l’écharpe – qui prend un peu plus de temps à nouer qu’un porte-bébé qui s’ajuste en quelques clics -, j ai choisi un hybride : la ceinture et le reste du mei tai qui permet de bien répartir le poids du bébé entre le dos et les épaules. Mais une fois le coup pris, je pense que le traditionnel mei tai n’est pas beaucoup plus compliqué d’utilisation. Au début, ma fille y a fait de la résistance – impossible de l’asseoir. Moi qui comptais tant sur le portage pour faciliter mon quotidien, j’ai été quelque peu dépitée, mais le problème était dû à des tensions musculaires et s’est résolu après quelques séances chez une ostéopathe. Toutefois, il faut savoir que si certains bébés adorent dès le départ, d’autres ont besoin d’un peu de temps pour s’y habituer, pour se faire au fait d’être serré de la sorte, et il sera alors judicieux de les porter chaque jour un peu plus longtemps jusqu’à ce qu’ils s’y sentent à l’aise. Depuis, c’est une grande adepte du porte-bébé ! Et celui-ci m’aura bien rendu service. Pour les siestes de Mademoiselle (qui ne dormait pas dans son lit la journée), quand j’étais occupée avec sa grande sœur ou pour se faire un resto « en amoureux ». Au départ, notre cadette avait le sommeil léger en journée et se réveillait au moindre bruit, le porte-bébé était alors une bonne alternative, surtout quand la sieste coïncidait avec l’heure où il fallait récupérer l’aînée à la garderie.

Le portage a réellement soulagé mon quotidien. Je me demande comment j’ai pu faire l’impasse sur le portage avec ma grande. Alors que ce n’était pas mon truc avec mon aînée, je me surprends avoir beaucoup apprécié porter autant ma cadette. Et je suis totalement fan de mon mei tai dans les tons mauve-turquoise ! Presque jamais de douleurs musculaires. J’ai vraiment concilié poussette et portage, aussi pour alléger mon dos et mon périnée quelques instants lorsque ma fille était éveillée et pas toujours enchantée d’être coincée dans le porte-bébé. Et je trouve personnellement assez encombrant d’avoir bébé sur le ventre et un lourd sac sur le dos. Dans ces conditions, le portage m’attire nettement moins. Alors oui, j’ai souvent porté ma fille en portage et poussé d’une main la poussette, mais j’ai trouvé cela drôlement pratique pour les courses et rapporter mes colis à la poste !

Du sport, oh oui !

Le portage permet également, indirectement ou de manière plus ciblée, de se remettre en forme en compagnie de bébé. Il existe de nombreux cours proposant cette option. Remise en forme et musculation garanties. Ces cours permettent également de rencontrer d’autres mamans et d’échanger sur notre quotidien avec bébé.  Attention toutefois à garder la bonne posture et à penser à remuscler son périnée et sa ceinture abdominale en douceur. 

Petits inconvénients 

Il y a bien sûr quelques petits inconvénients avec le portage, comme celui de ne pas bien pouvoir fermer sa veste en hiver au niveau des bronches. Mais cela tient aussi au fait que j’ai privilégié une extension de manteau, certes ajustable avec presque tous les modèles de veste (ce qui est nettement plus économique), mais pas forcément idéal lors des grands froids, les bronches restant découvertes (le gros pull polaire n’étant pas toujours suffisant pour contrer cet inconvénient). Il vaut alors peut-être la peine d’investir dans une veste de portage. Autant c’est très agréable d’avoir son bébé tout contre soi quand il est petit, autant cela s’avère plus encombrant lorsque celui-ci cumule les kilos (à ce moment-là, le portage dorsal est plus adapté). Est-ce que je me laisserai tenter par cette nouvelle forme de portage… Peut-être pour une randonnée en Forêt-Noire !

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