Je ressors d’un moment de détente. Tu as sûrement ressenti le calme m’envahir sous l’effet des mouvements assurés de la masseuse, une musique relaxante venant parfaire cette atmosphère apaisante dont j’avais tant besoin. Un moment de sérénité qui n’a pu que te faire du bien à toi aussi. D’ailleurs, tu t’es manifesté à plusieurs reprises, la forme d’un petit pied venant déformer le temps d’un bref instant la rondeur parfaite de mon ventre. J’étais bien dans ma bulle. Mes pensées étaient uniquement tournées vers toi. C’était notre moment, et je l’aurais bien prolongé encore un peu.
Ce billet, je l’ai retravaillé dans sa majeure partie le jour même où mon fils est né. Un jour qui contrastait totalement avec la nervosité latente qui m’a accompagnée pendant les dernières semaines de ma grossesse. Ce jour-là, un 20 octobre pour être plus précise, c’était le jour du terme. Je me sentais étonnamment confiante et calme. On s’est rendus au rendez-vous de contrôle. Tout était en ordre, aucun signe annonciateur du travail. C’était un jour d’automne ensoleillé. Les filles étaient à l’école. Midi sonnait. Une invitation à une pause gourmande en amoureux en compagnie de mon gigantesque bidon. Quelques douceurs italiennes sur la place du marché. Une balade légère et bienvenue en direction de la maison qui nous a fait beaucoup de bien, nous mettant dans les meilleures dispositions pour les heures intensives qui nous attendaient en soirée.
Appréhensions de fin de grossesse
J’ai vécu une grossesse sereine, que j’ai essayé de vivre pleinement, en toute conscience. J’ai apprécié vivre les transformations de mon corps au fil des mois, sentir mon bébé bouger. Mais avec l’approche du terme, je me sentais toujours plus nerveuse. J’allais mettre au monde mon troisième enfant. J’avais donc une petite idée de la naissance, du déroulement d’un accouchement physiologique et des différentes techniques pour influencer son déroulement. Cela peut paraître bizarre de se sentir aussi tendue alors que ce n’était ni ma première grossesse ni mon premier accouchement. Et pourtant mes appréhensions étaient bien présentes, presque davantage que lors de mon premier accouchement. Une question de tempérament soit, mais aussi un état que traversent beaucoup de femmes en fin de grossesse.
- Etre à l’écoute de ses craintes
Ces appréhensions vis-à-vis de l’accouchement sont tout à fait normales et saines. On a souvent tendance à réprimer ses peurs, elles nous dérangent et on aimerait les faire taire. J’aurais voulu être dans un état d’esprit serein, confiante vis-à-vis de la naissance, surtout que ce n’était pas mon premier accouchement. Mais il est important de ne pas étouffer nos craintes et de s’autoriser à avoir peur. Elles font partie du processus de préparation à la naissance. Il faut savoir les écouter, leur donner leur place sans que celles-ci deviennent envahissantes et invalidantes. Elles sont porteuses d’un message et il est essentiel d’y trouver des réponses pour mieux les gérer et vivre la fin de sa grossesse et la naissance à venir le plus sereinement possible.
- Identifier les raisons de nos appréhensions
Dans un second temps, il est nécessaire d’identifier les raisons à nos appréhensions afin de pouvoir mieux les canaliser. Dans mon cas, c’était les douleurs pendant le travail, les éventuelles blessures ainsi qu’une césarienne d’urgence d’une part, mais aussi la nouvelle configuration familiale, la perte des repères, les futures courtes nuits qui vont de pair avec l’arrivée d’un nouveau-né.
- Pour ou contre la péridurale ?
Concernant les douleurs, il y a la péridurale, me direz-vous. Cela ne m’a pourtant pas rassurée, car selon l’avancement du travail, celle-ci n’est plus posée (et cela était mon cas lors de mes précédents accouchements), car sa pose retarderait la naissance. De plus, dans le pire des cas, si la naissance devait tarder, mettant en péril la santé de l’enfant, le recours à certains instruments médicaux (forceps ou ventouse) devra être envisagé. En effet, l’anesthésiant annihile souvent le réflexe de poussée. La maman devra alors se fier aux seules instructions de la sage-femme ou du médecin. Mais si la péridurale est bien dosée, la maman gardera certaines sensations qui lui permettront de sentir les pressions du bébé et d’accompagner l’expulsion.
Il semble que le temps pour la phase d’expulsion soit chronométré dans certains pays (dont la France où il serait fixé à 45 minutes). Heureusement, cela n’est pas la norme et la plupart du temps, il n’y a aucune restriction de temps ni intervention médicale tant que le bébé va bien. Il est toutefois important de souligner que l’on peut également rencontrer des difficultés pendant la phase d’expulsion lors d’un accouchement physiologique. Je ne suis donc pas une fervente opposante à la péridurale. Il m’importait avant tout de disposer de certaines techniques et de ne pas me sentir démunie si une péridurale ne s’avérait pas être une option.
On peut également bénéficier à tout moment d’antidouleurs par voie intraveineuse qui n’ont certes pas le même effet antalgique que la péridurale, mais qui soulagent tout de même. Il y a également le protoxyde d’azote, un gaz que l’on inhale à chaque contraception.
Quelques méthodes de préparation à un accouchement physiologique
Avoir pris conscience de mes peurs, les avoir écoutées et exprimées, s’est avéré être d’une grande aide. Mes amies ont prêté une oreille attentive et même si leurs mots ne parvenaient pas à me rassurer vraiment, leur présence et leur écoute me réconfortaient. Lors d’un moment de confidence autour d’un chai latte, une amie m’a montré une petite guirlande de cœur qu’elle avait confectionnée avec quelques citations en prévision de son accouchement. Une belle façon de se préparer à la naissance et à la rencontre avec son enfant. Des mots qui m’ont parlé, qui m’ont donné du courage, mais surtout permis de percevoir mes craintes sous un autre angle.
Pain is never permanent.
Gedanken voller Freude lassen dich tief entspannen.
Love dissolves fear.
Un petit « pense-bête » que je me suis empressée de faire mien. A côté, j’ai cherché différentes méthodes pour donner à mes angoisses leur juste place, pour éviter qu’elles m’envahissent démesurément et me fassent perdre pied. Durant les dernières semaines de grossesse, j’avais toujours quelque chose à faire, à terminer avant que bébé pointe le bout de son nez et que le temps me manque. C’était presque obsessionnel. Il était temps de se poser et de créer un espace pour moi-même et mon bébé.
Il y a de nombreuses façons de se préparer à la naissance physiquement et mentalement. A chacune de trouver la ou les approches qui lui conviennent le mieux. Ci-dessous, une petite présentation des méthodes vers lesquelles je me suis tournées.
– Sophrologie et auto-hypnose
Chaque soir, j’avais instauré une séance de relaxation avant d’aller me coucher, quand le reste de la famille était paisiblement endormi. Pour ce faire, j’avais selectionné quelques vidéos de sophrologie et d’auto-hypnose spécialement conçues pour la préparation à l’accouchement physiologique. Des techniques de respiration et de visualisation que j’avais déjà exercées pour mes premiers accouchements et qu’il était pertinent de pratiquer à nouveau en vue du jour J. La voix réconfortante de Delphine Bourdet m’a donc accompagnée à travers ses vidéos disponibles sur YouTube. Des techniques que j’ai mises en pratique lors de la mise au monde de mon fils, un accouchement physiologique express.
Techniques de respiration pour gérer les contractions pendant la phase de dilatation du col
La peur a pour conséquence de crisper les membres et d’entraîner une respiration saccadée. Une respiration efficace soulage les douleurs des contractions et veille à un bon apport d’oxygène à la maman et à son bébé. En vue du jour J, il vaut la peine d’exercer les respirations confortablement chez soi. Une inspiration par le nez est suivie par une longue expiration par la bouche. Il est important que celle-ci soit la plus longue possible avant de reprendre une nouvelle inspiration. On peut accompagner les expirations par un son, tels que « A » ou « O ».
Les contractions ne doivent pas être perçue comme une douleur continue. Oui, les contractions sont douloureuses, mais c’est une douleur sur laquelle on a une influence grâce à la respiration et qui n’est pas continue, ce qui nous permet de récupérer entre les contractions. C’est vrai aussi que plus le travail avancera, plus les contractions seront rapprochées et intenses et donc plus douloureuses ; c’est à ce moment-là que le papa, une doula ou toute autre personne qui sera au côté de la maman pourra faire la différence pour soulager les douleurs.
Visualisations
Il est très utile d’accompagner les contractions par une image. Un classique, c’est de percevoir la contraction comme une vague, qui vient et qui s’en va. Entre chaque contraction, il y a une pause pendant laquelle la maman peut récupérer avant la venue de la prochaine vague, la prochaine contraction. Une autre technique est d’associer un mot lorsque la contraction arrive et un autre lorsqu’elle repart. J’ai utilisé l’association « Lass los » (eh oui, j’ai accouché trois fois en Allemagne!). Lors de l’inspiration, je focalise mentalement sur le mot « lass » puis tout au long de l’expiration sur le « lossss ».
Bouger et varier les positions
Etre active pendant la phase d’ouverture en marchant et variant les postures (4 pattes, accroupie, debout ou encore sur le côté) est recommandé pour accélérer la dilatation du col et la descente du bébé. La position à éviter absolument est celle dite gynécologique, couchée sur le dos, qui a tendance à retarder l’avancement du travail et à être particulièrement inconfortable lors d’un accouchement physiologique. Par contre, couchée sur le côté n’est pas contre-indiqué. C’est d’ailleurs la position que j’ai privilégiée pour mon dernier accouchement. Pendant la contraction, on prendra appui sur un meuble ou sur son partenaire afin d’étirer le dos en n’oubliant pas d’expirer.
Et le papa dans tout ça, que peut-il faire pendant l’accouchement ?
Le papa n’a pas à rester dans un coin en attendant de pouvoir faire connaissance avec son enfant. Bien que sa présence à nos côtés soit en soi déjà d’un grand réconfort, il peut se rendre « utile » autrement de bien des façons. Lors des cours de préparation à l’accouchement en couple, on exerce avec le papa diverses techniques et positions pour qu’il se sente moins désemparé le jour J. Mon mari a beaucoup aimé participer à ce cours de préparation à la naissance. Nous avions choisi la formule sur un week-end que je recommande (un peu plus compliqué à organiser quand il y a déjà des enfants à faire garder).
- Il peut nous aider à réguler nos inspirations/expirations (peut-être un des seuls aspects réels de la naissance que l’on peut voir dans les films).
- Le papa est un bon support sur lequel prendre appui pendant les contractions.
- Un bain chaud soulage énormément les contractions. Si cela n’est pas envisageable, une bouillotte que notre partenaire placera au bas de notre dos sera aussi d’un grand réconfort.
- Le papa pourra exercer des pressions sur le bas de notre dos durant la durée de la contraction.
- Des massages du bas du dos peuvent également être d’un grand soulagement.
La phase d’expulsion
Autant les techniques de respiration sont relativement faciles à mettre en pratique lors de la première phase du travail, de nombreuses mamans m’ont fait part de leur dénuement lors des poussées, comme cela avait été mon cas lors de mon premier accouchement. C’est en effet une phase de la naissance que l’on n’aborde peu en cours de préparation à l’accouchement. On nous dit que c’est un peu comme aller aux toilettes et de suivre les instructions de la sage-femme le moment donné, ce qui est insuffisant. Un prolongement de la naissance peut s’ensuivre, pouvant alors nécessiter une intervention externe.
Lors d’un accouchement physiologique, on sent clairement lorsqu’il est temps de pousser, mais cela ne veut pas dire que nous pousserons « comme il faut ». On nous dira souvent de retenir notre respiration puis de pousser de toutes nos forces sur la contraction. Cette technique a cependant le désavantage d’être rapidement épuisante et de ne pas promouvoir une bonne oxygénation. Cela peut être aussi très stressant pour le périnée. Il serait alors préférable d’inspirer profondément et d’expirer normalement en poussant et concentrant toutes nos forces vers le bas, ce qui contractera les abdominaux. La visualisation est particulièrement utile pour nous aider à pousser de manière plus effective.
Pendant la phase d’expulsion, il est utile de pouvoir prendre appui sur quelque chose (poignée, corde, partenaire). D’ailleurs, les lits que l’on trouve en salle d’accouchement ont de multiples ressources inespéreées ; il ne faut donc pas hésiter à exprimer nos besoin à la sage-femme.
– Lectures
On trouvera également un certain nombre de livres pour nous accompagner tout au long de la grossesse et nous préparer à la naissance. Face à mes appréhensions, une amie m’a recommandé la lecture d’un chapitre du livre d’Isabelle Brabant, Une naissance heureuse : Bien vivre sa grossesse et son accouchement, L’auteure y décrit précisément le processus de la naissance, pas à pas, comme un événement vécu étroitement avec son bébé, la maman accompagnant son enfant tout au long du chemin de la naissance jusqu’à ce que son bébé repose enfin tout contre sa poitrine.
Pour conclure ce billet, rappelons-nous que chaque accouchement est unique. Bien qu’il soit important de se préparer à la naissance et d’avoir une idée de l’accouchement que l’on souhaite avoir, il faut aussi être prête à ce que celui-ci ne se déroule pas exactement comme on l’aurait souhaité. Il y a beaucoup de paramètres que l’on ne maîtrise pas pendant la naissance. J’ai parfois l’impression d’une certaine concurrence entre les femmes qu’il n’y a pas lieu d’être. On ne gère pas non plus tous la douleur de la même manière. Il ne faut pas hésiter à demander une péridurale si on ne se sent pas capable de vivre un accouchement physiologique. Une césarienne d’urgence ou planifiée peut être mal vécue par certaines femmes qui doivent alors renoncer à un accouchement par voie basse auquel elle tenait. Face à toutes ces inconnues, il est essentiel de faire confiance à la vie et à nos propres ressources. Quoi qu’il arrive, on fera au mieux. Je vous souhaite une belle rencontre avec votre bébé. 🌸